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Silhouettes féminines de Dannemarie: "Du féminisme... Mais c'est surtout de l'extrémisme"

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Le feuilleton de l'été bientôt terminé pour Dannemarie? Cette commune d'Alsace a été enjointe par le tribunal administratif de retirer de ses rues des silhouettes féminines jugées sexistes. L'affaire passe ce 30 août devant le Conseil d'Etat. Interrogé par RMC.fr, Paul Mumbach, le maire, martèle que ces figurines ne sont pas sexistes. Et dénonce "l'extrémisme" du collectif féministe qui l'attaque en justice.

Paul Mumbach est maire de Dannemarie.

"On attend que les sages du Conseil d'Etat prennent toute la dimension de cette affaire, pas simple, et qui aura des répercussions qui dépassent la seule géographie de Dannemarie.

L'association des Effronté-es nous attaque parce qu'elle voulait se faire une commune, si possible petite, pour avoir une jurisprudence qui puisse s'étendre ensuite à tout le territoire national.

"On retourne cent ans en arrière"

Et cela prend une dimension beaucoup plus large, qui est culturelle. Dans leurs arguments juridiques, elles expliquent qu'une commune comme la nôtre n'aurait pas la liberté d'expression! Alors qu'elle est protégée par l'article 72 de la Constitution.

A la suite de la décision du tribunal administratif, qui nous demande de retirer les silhouettes de l'espace public, les habitants sont venus nous voir, pour nous dire de ne pas les stocker dans un entrepôt, mais de les leur donner, parce que ces silhouettes sont super sympas. Certains les ont exposées chez eux, et d'autres l'ont certes fait sur un mode provocateur en les mettant à un endroit visible. Nous, on s'est affranchis du jugement: on les a ôtées des rues.

Maintenant, la partie adverse veut que le Conseil d'Etat détruise ces figurines, qui sont des oeuvres artistiques. Mais on retourne presque cent ans en arrière! Du temps de l'Inquisition, on brûlait les sorcières, aujourd'hui on brûle les silhouettes. C'est peut-être du féminisme, mais c'est surtout de l'extrémisme. De l'intolérance.

"Pas de connotation sexuelle"

Il y a quelques silhouettes qui, ma foi, pourraient prêter à discussion. Mais c'est comme le titre d'un article, la Une d'un journal satirique… Des stéréotypes, il y en a certains qui sont physiquement difficilement contournables. Très franchement, des panneaux qui affichent des toilettes publiques, un homme en pantalon, une femme en jupe, si ça n'est pas un stéréotype! On va les interdire aussi? Et on nous fait croire que c'est un problème.

"Il y a des Betty Boop, des figures des années 1930 qui présentent la silhouette sympathique d'une femme qui n'a rien de sexuelle. Il n'y a pas de connotation sexuelle, c'est du fantasme. Et les Effronté-e-s sont contradictoires: lors de leur défilé à Strasbourg, elle ont défilé dans le plus simple appareil…"

"Tout le monde dit que ce sont de superbes objets"

Certains journalistes se sont baladés à Dannemarie et n'ont pas trouvé une seule personne pour défendre le premier jugement du tribunal. Toute la population est derrière nous.

Ces illustrations, qui pour certaines ont subi un lifting, ont été revues par un auteur que moi j'appelle un artiste. Tout le monde dit que ce sont de superbes objets. Quand vous touchez à la liberté, il faut faire très attention. Au début, on prenait ça à la rigolade, aujourd'hui on le prend très au sérieux."

Propos recueillis par Paul Conge