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Tout ce qu'il faut savoir de l'affaire Bygmallion, à une semaine de l'ouverture du procès

EXPLIQUEZ-NOUS - Nicolas Sarkozy sera de nouveau jugé à partir de la semaine prochaine pour l’affaire Bygmalion : il est soupçonné d’avoir largement dépassé les dépenses autorisées pendant sa campagne de 2012. Une enquête révèle aujourd’hui les dessous de cette affaire politico-financière.

"Cette affaire qui a fait éclater la droite”. C’est le titre de cette enquête conjointe du Monde et du magazine “Complément d'enquête” de France 2 qui sera diffusée ce jeudi soir. Avec des révélations sur le combat à mort que se sont livré trois hommes: Nicolas Sarkozy, François Fillon et Jean-François Copé.

Une série de coups bas, des fausses et de vraies accusations, qui a la fin a laissé les trois protagonistes sur le tapis. A la fin, commente Roselyne Bachelot, dans le doc “il n’y avait plus que de la haine”.

Au départ, il y a le financement de la campagne de Nicolas Sarkozy

C’est ce qui vaut à Nicolas Sarkozy de retourner au palais de justice la semaine prochaine et pour un mois, quelques jours après avoir été condamné le 1er mars à un an de prison ferme par ce même tribunal.

Cette fois l’ancien président est jugé pour financement illégal de campagne électorale. On parle de la campagne de 2012, lorsqu’il était président sortant et qu’il a perdu face à François Hollande. La justice lui reproche d’avoir dépensé à peu près deux fois plus que ce qui était autorisé. 40 millions au lieu des 22 millions et demi prévu par la loi. Notamment en organisant 44 meetings XXL ou l’on ne lésinait pas sur les dépenses.

Les 18 millions de dépenses de trop ont été cachés par un système de fausses factures. Assez simple a expliquer. La société Bygmalion, chargée de l’organisation des meetings adressait pour chaque prestation une facture à la campagne de Nicolas Sarkozy et une autre à l’UMP pour des conventions imaginaires.

Jean-François Copé a d’abord été soupçonné d’avoir profité du système parce qu’il était le patron du parti qui a réglé ces fausses factures et parce que les responsables de la société Bygmalion étaient tous ses proches.

Copé avait dû abandonner la présidence de l'UMP

Copé et les Copé boys ont donc d’abord été soupçonnés d’enrichissement personnel. Mais finalement l’instruction va démontrer que personne n’a mis l’argent dans ses poches. L’argent a juste payé les meetings à l’américaine. C’est en tout cas ce qu’a retenu l’instruction. Jean-François Copé a donc obtenu un non-lieu. Il ne sera pas présent au procès la semaine prochaine. Sauf qu’avant d'être blanchi, il avait dû abandonner la présidence du l’UMP, et en fait renoncer à sa carrière politique. Il a été la première victime de l’affaire.

Nicolas Sarkozy et François Fillon ont aussi payé très cher

Parce que Nicolas Sarkozy a perdu la primaire de 2016 en grande partie à cause de sa mise en examen dans cette histoire. On se souvient tous de François Fillon disant : “Imagine-t-on le général de Gaulle mis en examen ?”

Petite phrase mortelle. Après Jean-François Copé, Nicolas Sarkozy est la deuxième victime de l’affaire Bygmalion. Et la troisième c’est François Fillon. Parce que le "Penelope Gate" est sans doute une vengeance des Sarkozystes.

C’est la thèse de ce documentaire qui sera diffusé ce jeudi soir. A l'appui de cette thèse les interviews des principaux lieutenants de Fillon et de Sarkozy qui parlent les un des autres en des termes guerriers. Il est question d’assassinats politiques, de démolitions définitives.

Jean-Louis Debré, l’ancien président du conseil constitutionnel raconte pour la première fois et avec gourmandise, comment Nicolas Sarkozy a fait pression sur lui pour qu’il valide les comptes. Et comment il a refusé.

Robert Bourgi, l’avocat qui a achevé François Fillon en révélant qu’il lui avait offert des costumes, raconte le coup de fil de Nicolas Sarkozy qui lui a juste dit “Merci”.

Tout cela est incroyablement violent. Cela ferait une excellente série. En attendant, cela fait un très bon documentaire ce jeudi soir réalisé par les investigateurs vedettes du Monde, Gérard Davet et Fabrice Lhomme et par l'enquêteur de France 2 Tristan Waleckx. Et en fait, c’est mieux qu’une série.

Nicolas Poincaré (avec J.A.)