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Trafic de drogue, fusillades... À Nîmes, les élèves et enseignants d'une école primaire au milieu d'un point de deal, vivent l'enfer

À Nîmes, les enseignants et les élèves d'une école installée près d'un point de deal vivent l'enfer avec la présence permanente de dealers et parfois même des fusillades. Les mesures d'urgence de la municipalité ne suffisent pas et la mairie en appelle à l'Etat.

C’est l’histoire d’une école de quartier, l'école maternelle et élémentaire Georges Bruguier, située dans le quartier du Chemin Bas d’Avignon à Nîmes, un quartier rongé par les trafics de stupéfiants, les violences, les tirs et les guerres de territoire. Les enseignants sont à bout, les parents d’élèves sont dépités et les élèves se retrouvent à devoir suivre leurs cours au milieu d’une violence inouïe. Le 14 juin dernier, Anis, 21 ans s’est fait tuer par balle, dans une rue adjacente à l’école Georges Bruguier. Dimanche dernier, un homme de 25 ans a été blessé par un tir.

Car en plein milieu de ce quartier de Nîmes, il y a un îlot : c’est cette école maternelle et primaire, isolée en plein centre du trafic de drogues et des violences urbaines. Dans une rue perpendiculaire à l’école, les dealers ont même installé des décorations de Noël et un sapin en y inscrivant le prix du cannabis qu’ils vendent.

L'école est entourée de petites ruelles, où se trouvent des guetteurs, des adolescents parfois âgés de 13-14 ans, qui préviennent les dealers en criant en cas de patrouille de police. Une école qui est aussi régulièrement victime d’intrusions: "Ce n'est pas l'école en elle-même qui est visée, c'est le lieu géographique. Le point de deal est située à côté d'un centre commercial et quand les policiers arrivent, l'école sert de point de passage pour les dealers en cas de fuite", explique Sandy Issartel, déléguée départementale Unité SGP Police.

Mauvaise influence

C'est ce qui s'est produit le 4 décembre dernier. Des dealers présumés ont fui la police par la cour de récréation des maternelles avant de grimper sur le toit. La centaine d’élèves a dû se réfugier dans la cantine en se cachant sous les tables.

Et les habitants du quartiers sont terrorisés, partagés entre peur et résignation. Beaucoup d'entre eux refusent de parler même de manière anonyme. "Franchement on est bien ici, de toute façon on n'a pas le choix, on ne peut pas partir", assure une maman au micro de RMC. Une jeune fille en CM1 ajoute avoir du mal à se concentrer avec les cris des guetteurs toute la journée.

Et puis il y a les enseignants: la quasi-totalité des instituteurs et institutrices sont absents et ont posé des arrêts de travail. À l’entrée, sur le portail de l'école, une feuille volante avec une quinzaine de noms écrits à la main : ceux des profs absents. Absents par peur, mais surtout par fatigue. Un enseignant confie ne plus supporter les nombreuses fusillades dans le quartier.

"Il y a beaucoup de cannabis et on commence à avoir pas mal de cocaïne. On a des règlements de compte avec des armes de guerre qu'on ne trouve pas partout. Sur une ville comme Nîmes, une ville de 150.000 habitants seulement, ça commence à faire beaucoup", déplore Sandy Issartel.

Et un enseignant l'assure: le plus grave, c'est les cas d’enfants de sa classe fascinée par les trafics, la puissance des dealers, l’argent facile et qui s’imaginent déjà devenir guetteur puis dealer.

La mairie refuse de délocaliser l'école

La mairie de son côté, est difficile à joindre et veut rester discrète sur la situation. Mais malgré tout, la commune prend des mesures d’urgence. Des agents de police municipale sont déjà postés aux heures d’entrées et de sortie des élèves. Il est aussi prévu de surélever les grillages de 3 mètres supplémentaires tout autour de l’école pour éviter les intrusions. Et depuis plusieurs mois, la mairie rachète les garages, qui servent de "magasins de stups", pour les détruire. Mais la commune reste bien démunie, soutien un élu qui rappelle que démanteler le trafic reste du ressort de la police nationale.

"On a demandé des moyens, du matériel, ça arrive au fur et à mesure mais il en manque toujours. Les élus locaux ont aussi fait une demande pour avoir plus d'effectif. Sauf qu'entre la demande et l'arrivée des effectifs, il y a parfois neuf mois qui s'écoulent et l'on se retrouver avec une nouvelle fusillade", explique Sandy Issartel.

Il reste enfin la question de la délocalisation de l’école. La direction le souhaite comme ça avait été le cas temporairement après la mort du jeune Anis en juin dernier. Mais la mairie s’y refuse, ce serait céder aux trafiquants selon elle.

Maxime Levy (avec Guillaume Dussourt)