RMC

Un octogénaire jugé pour le meurtre de sa conjointe à coups de bèche après 51 ans de mariage

Un homme de 83 ans comparait à partir de ce mercredi aux assises de l’Hérault, à Montpellier, pour le meurtre de sa conjointe après 51 ans de mariage. Le 2 août 2018, il avait assené une quarantaine de coups de bêche à son épouse, âgée de 73 ans, qui avait demandé le divorce. La sœur de la victime craint que l’accusé bénéficie de la clémence de la justice en raison de son grand âge.

Un homme de 83 ans est jugé devant la Cour d'assises de l'Hérault à partir de ce mercredi pour le meutre de sa femme après 51 ans de mariage. Le 2 août 2018, Abderrahmane K., 79 ans, appelle la gendarmerie: "Je viens de tuer ma femme". "Ça fait six mois qu’elle me trompe (…), explique-t-il, ça fait six mois qu’elle me déshonore dans le quartier".

Le septuagénaire raconte avoir vu du sperme dans le lit de son épouse et lui avoir demandé des comptes. Il s’est bagarré avec elle avant de lui "fracasser la tête". Une bêche ensanglantée est retrouvée à côté du corps d'Akila C., 73 ans. L’autopsie démontre qu’il lui a assené une quarantaine de coups, la plupart au niveau de la bouche, "comme pour priver définitivement son épouse de parole voire même de visage", alors que la victime était allongée au sol.  

Akila évoquait un "climat exécrable"

Malika, l’une des sœurs d’Akila, représentée par Me Hervé Gerbi, redoute la confrontation avec l’accusé au tribunal. Elle a toujours refusé de voir le corps de sa sœur pour garder l’image d’Akila intacte. "C’était une très belle femme, sportive et vivante" et c’est dans la perspective de l’audience qu’elle a finalement pris connaissance du rapport d’autopsie. "Je veux qu’il soit puni qu’il reste en prison", explique Malika au micro de RMC.

"Ce n’est pas parce qu’il a un certain âge qu’on doit lui mettre un bracelet et qu’il rentre chez lui tranquille. Son état de santé, je m’en fous. Lui, il n’a pas regardé quand il s’est acharné sur ma sœur, il a voulu la supprimer", appuie-t-elle.

La situation entre les époux s’était dégradée au mois d’avril 2018, quand Akila C. avait demandé le divorce. Depuis, chacun occupait un étage de la maison de Villemagne L’Argentière, dans l’Hérault. Dans des échanges de mail avec sa fille résidant aux Etats-Unis, la septuagénaire décrit le "climat exécrable" avec son époux et explique être sur "ses gardes" car il peut "devenir mauvais".

Elle évoque une infidélité ancienne de son mari comme le motif de son envie de divorcer, "ce sera ma vengeance" affirme-t-elle, alors que son conjoint est devenu sourd "IN-CA-PA-BLE" écrit-elle en lettres capitales. Elle envisage alors son avenir en toute indépendance: "Pour ma part, plus jamais d’homme dans ma vie, je rêve de liberté totale". L’instruction a permis d’écarter l’existence d’un amant, comme l’avait affirmé Abderrahmane K.

Une vie de couple émaillée de violences conjugales

Le 25 juin 2018, Akila C. avait déposé une première plainte pour harcèlement moral. Elle dénonçait dans une lettre au procureur "des paroles vexatoires insultantes". "Mes déplacements sont surveillés. Je ne peux plus me déplacer, pratiquer mon sport, participer à une activité sans être traitée de trainée", expliquait-elle.

Le 24 juillet 2018, la septuagénaire déposait une nouvelle plainte, pour violences cette fois-ci. Akila C. se voyait prescrire une ITT de 21 jours pour fracture du bras droit. Elle expliquait aux gendarmes que son époux l’avait frappée à deux reprises au cours de leur mariage mais qu’il levait souvent la main pour la menacer et qu’il l’insultait souvent. Les témoignages des trois filles du couple ont d’ailleurs permis de retracer une vie de couples émaillée de violences conjugales dont la seule trace judiciaire avant 2018 est une main courante de 1983. Une amie du couple affirme avoir proposé à Akila C. de la loger pour assurer sa sécurité, mais elle avait refusé car son avocat du divorce l’avait dissuadée de quitter le domicile conjugal le temps de la procédure.  

Pourquoi un tel déchaînement de violences? Au moment où l’accusé s’en prend à son épouse, elle a le bras en écharpe et elle ne peut pas se défendre. Les investigations ont permis de démontrer qu’elle a tenté de fuir son conjoint.

Abderrahmane K. était il en pleine possession de ses moyens? L’accusé explique avoir perdu la raison et avoir été pris par "le démon". Les experts psychiatres, eux, ont écarté l’abolition du discernement mais ils ont retenu une altération du discernement due notamment à "un trouble grave de la personnalité de type paranoïaque". Pour un expert, ce qui a été déterminant dans le passage à l’acte, ce n’est pas la jalousie mais "ce sont des sentiments de trahison et surtout de préjudice et de spoliation".

Dès son appel aux gendarmes, l’octogénaire semblait plus préoccupé par la perte de ses biens matériels que par la mort de son épouse. "Moi j’ai perdu une maison, j’ai perdu un domaine… Pas possible... Cette maison, la plus belle maison du quartier, de la rue, de l’avenue...", avait-il indiqué.

Marion Dubreuil avec Guillaume Descours