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Vidéosurveillance d'Abdeslam: "Il n'a plus à revendiquer quoi que ce soit"

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REACTIONS - Le tribunal administratif de Versailles examine mercredi un recours de Salah Abdeslam contre le dispositif de vidéosurveillance permanent de sa cellule, autorisé par un arrêté du gouvernement mais qui constitue une atteinte à ses droits fondamentaux pour son avocat.

La vidéosurveillance constante de Salah Abdeslam en prison est-elle légale? Depuis son transfert fin avril, Salah Abdeslam est surveillé 24h/24 dans sa cellule, détenu à l'isolement, avec des mesures exceptionnelles à la prison de Fleury-Mérogis. Mais son avocat, Frank Berton, demande à ce que cette vidéosurveillance soit suspendue car il estime que cette mesure porte atteinte aux droits fondamentaux de son client. Il a déposé un recours en ce sens qui sera examiné ce mercredi en procédure d'urgence devant le tribunal administratif de Versailles.

"Il faut le filmer 24h/24"

Pour rappel, le texte a été écrit sur-mesure pour Salah Abdeslam. Avant lui, la vidéosurveillance était réservée aux détenus suicidaires pour 24 heures seulement. L'arrêté du ministère de la Justice pris le mois dernier a élargi les critères pour le seul survivant du commando du 13 novembre. Les personnes "dont l'évasion ou le suicide pourraient avoir un impact important sur l'ordre public sont désormais concernées". Une décision prise par le ministre de la Justice et pour une durée de trois mois, renouvelable.

Alors que l'avocat de Salah Abdeslam juge donc cet arrêté illégal et qu'il constitue une atteinte grave à la vie privée de son client, Patrick Jardin, qui a perdu sa fille Nathalie de 31 ans dans l'attaque du Bataclan, lui a écrit pour lui exprimer sa colère et son indignation. "Si jamais l'administration pénitentiaire estime que, pour qu'il reste en vie, elle doit le filmer 24h/24, et bien il faut le filmer 24h/24 et ne pas lui attribuer la télévision, une salle de sport et tutti quanti, s'emporte-t-il sur RMC. Pour moi, il n'a plus à revendiquer quoi que ce soit".

"Des risques d'atteinte à sa santé psychique"

"Il n'a plus à avoir de vie privée, insiste-t-il. Il est passé dans le domaine public maintenant. Quand j'entends son avocat dire que c'est tout ce qu'il lui reste, moi il ne me reste rien. J'ai perdu ma fille donc j'estime que cette chose (en parlant de Salah Abdeslam, ndlr) n'a absolument rien à revendiquer". Marie Crétenot, juriste à l'Observatoire international des prisons, dénonce, de son côté, un dispositif contreproductif et qui porte atteinte à la dignité des personnes.

"Ces vidéos de protections sont censées empêcher le suicide mais quand on en est à avoir des caméras qui zooment sur ce qu'il peut lire, ce qu'il mange, il y a des risques d'atteinte à sa santé psychique, avance-t-elle. Se pose donc la question de savoir dans quel état il arrivera à son éventuel procès et au-delà de ça d'atteinte à la dignité. Dans quelle mesure, quand on sombre dans quelque chose qui ne respecte plus l'état de droit, ne tombons-nous pas nous-mêmes dans la barbarie que nous voulons dénoncer? C'est ça qui est en jeu".

Maxime Ricard avec Claire Andrieux