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C'est quoi le Conseil national de la refondation, le projet d'Emmanuel Macron largement snobé?

Coup d'envoi du Conseil national de la refondation ce jeudi, à Marcoussis. Cette nouvelle instance voulue et pensée par Emmanuel Macron est boycottée par l'opposition et les syndicats. Même l'ancien Premier ministre Edouard Philippe et le président du Sénat Gérard Larcher ont choisi de ne pas y aller.

Le Conseil National de la Refondation s'installe ce jeudi à Marcoussis, dans l’Essonne. Cette nouvelle institution doit être chargée de proposer des réformes. Mais, avant même sa création, elle est déjà très contestée.

C’est un "machin", "ça ne sert à rien", "ça contourne le parlement". Les critiques sont effectivement sévères. Jean-Luc Mélenchon dénonce la "saison 2 du grand blabla". Marine Le Pen, "la dernière lubie d’Emmanuel Macron".

Toute l’opposition a donc décidé de boycotter la cérémonie. Il n’y aura pas de représentant du Rassemblement national, ni des Républicains, ni de LFI, ni du PS ni des écolos. Le président du Sénat Gérard Larcher a aussi décliné l’invitation.

Plusieurs grands syndicats comme FO et la CGT ont également refusé de venir. La CGT qualifie l’instance d’usine à gaz et de provocation. 

Même Edouard Philippe sera absent. Le chef de file du parti “Horizons” est opportunément retenu au Québec… 

Qui sera présent? 

Seront finalement présents, la garde rapprochée d’Emmanuel Macron, la Première ministre Elisabeth Borne ou encore François Bayrou, le patron du Modem. Et pour cause, il doit devenir le secrétaire général de ce CNR, en plus de ses fonctions de haut-commissaire au plan.

La CFDT a aussi accepté de venir, pour voir de quoi il s’agit. Le MEDEF également, ainsi que les associations d’élus locaux, comme l'Association des maires de France qui a hésité mais choisit finalement de jouer le jeu.

À quoi doit servir cette instance?

Cette instance, c'est Emmanuel Macron qui en avait sorti l’idée de son chapeau en juin dernier, en pleine campagne pour les législatives. On s’attendait à un très fort taux d’abstention, on parlait de "démocratie malade" et comme remède, Emmanuel Macron avait donc trouvé ce conseil de la refondation.

Le concept, c’est de réunir les politiques, les syndicats, les associations et des citoyens tirés au sort et de les associer à la préparation des grandes réformes. C’est dans cette instance, a expliqué Emmanuel Macron, que la Première ministre Elisabeth Borne fera vivre l’action gouvernementale.

Qu'est-ce que ça signifie?

Mais "faire vivre l'action gouvernementale", qu’est-ce que cela veut vraiment dire?   "Elisabeth Borne fera vivre l’action de son gouvernement dans le conseil national de la refondation". C’est un peu verbeux et abstrait. Concrètement, on peut comprendre qu’avant de lancer, par exemple, la réforme des retraites, la Première ministre devra s’inspirer des propositions de ce CNR.

Pour le reste, il y a beaucoup de flou, on ne sait pas à quel rythme auront lieu les discussions, qui y participera ou quand seront rendues des décisions. 

Ce flou ne sera pas dissipé ce jeudi puisque la première réunion inaugurale aura lieu à huis clos et finalement même les citoyens tirés au sort ne semblent plus d’actualité. En tout cas, il n'y en aura pas aujourd’hui… 

Un air de grand débat après la crise des "Gilets jaunes"

On a l'impression d'être dans la même logique que le grand débat, lancé après la crise des "gilets jaunes". C'est ce qu’Emmanuel Macron appelle les innovations démocratiques. 

Il y avait le grand débat donc, qui avait débouché sur l’adoption de quelques mesures comme la défiscalisation des heures supplémentaires ou la suppression de l’ENA. Mais pas sur l’adoption de la principale revendication des "Gilets jaunes", le référendum d'initiative citoyenne.

Dans la même veine, nous avions eu la CCC, la Convention citoyenne sur le climat. 150 citoyens tirés au sort qui avaient fait des propositions et qui s'étaient ensuite montrés déçus parce qu'elles n'avaient pas été toutes adoptées.   

Cette fois, les propositions du CNR pourraient faire l’objet d’un référendum. 

D'après le Canard enchaîné, Emmanuel Macron, furieux du boycott du CNR, a commenté devant des proches: "Ils auront l'air malins ceux qui refusent ce dialogue, lorsque je soumettrai à référendum des mesures qui sortiront du CNR". 

Voilà donc comment tout cela pourrait se terminer. Mais si on évoque souvent des référendums, il faut se rappeler qu'il n’y en a plus eu en France depuis plus de 17 ans.

Nicolas Poincaré