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Chez LR et au PS, la guerre des chefs commence déjà

Submergés par la vague La République en marche, qu'ils n'avaient pas vu venir il y a quelques semaines, le Parti socialiste et Les Républicains sont les grands perdants de ces législatives. La défaite pas encore digérée, les deux anciens partis qui se partageaient jusque-là le pouvoir replongent dans leurs travers, explique ce lundi matin sur RMC Cécile Cornudet, éditorialiste politique au quotidien Les Echos.

Cécile Cornudet est éditorialiste politique au quotidien Les Echos.

"La République en marche a obtenu la majorité absolue à l’Assemblée nationale ce dimanche, mais on peut dire que le score du PS et surtout de LR a été un peu meilleur qu’anticipé. Est-ce que les deux partis respirent? Encore faudrait-il que 'l’effet Macron' - si l’on peut dire les choses comme cela - s’arrête là. Or ce qui est très frappant dans les deux cas, pour LR comme pour le PS, c’est que le séisme En Marche commence déjà à provoquer des répliques. On s’accuse de traitre au sein du parti, on envisage de tout refonder, des scissions se profilent…

Prenez Les Républicains. Trois courants se dessinent. Un courant "constructif" qui, derrière Thierry Solère, élu à Boulogne, veut voter la confiance au gouvernement Philippe - il l’a redit dimanche soir -, et envisage de créer un groupe spécifique à l’Assemblée nationale. Le Premier ministre a besoin d’eux, ne serait-ce que parce qu’il connaît mal les élus d’En Marche. Il a dit qu’il était "prêt à accueillir toutes les bonnes volontés".

"Laurent Wauquiez en position de force chez LR?"

Est-ce qu’ils pourront rester dans le parti? Ça parait très compromis. Bernard Accoyer, le secrétaire général des Républicains dit qu’il ne peut y avoir deux groupes de députés dans un seul parti. Du coup, les constructifs pourraient créer un mouvement, concurrent à LR. Outre ce courant, il y a les durs, derrière Laurent Wauquiez (président de la région Rhône-Alpes), qui sont clairement inscrits dans l’opposition. Beaucoup de ses proches ont finalement été élus dimanche: Eric Ciotti, Guillaume Larrivée, Marc Le Fur… du coup il est en position de force. Il ne dit rien encore mais vise la tête du parti. Puis il y a un troisième courant, intermédiaire, avec Valérie Pécresse et Xavier Bertrand. Est-ce que l’un des deux va défier Laurent Wauquiez pour la présidence de LR? Cela parait très clairement envisagé.

 "Et puis il y a Manuel Valls..."

Le PS, lui est en moins bonne posture… mais tout aussi divisé. Dès 20h dimanche, Jean-Christophe Cambadélis a dit qu'il fallait 'tout reconstruire', et annoncé dans la foulée sa démission et la mise en place d'une direction collégiale. Aussitôt, que s'est-il passé? Eh bien on a entendu des personnalités comme Stéphane Le Foll et Julien Dray dire qu'ils n'étaient pas au courant et pas d'accord. En fait, plusieurs personnalités ont été réélues hier qui toutes veulent un rôle dans la reconstruction du parti. Stéphane Le Foll, Olivier Faure, Luc Carvounas. Vous pensiez que nous étions entrés dans une nouvelle ère politique? Eh bien non, la guerre des chefs commence déjà: pour la direction du groupe à l’Assemblée puis dans la foulée pour celle du Parti.

Et puis il y a Manuel Valls, réélu de justesse: ces derniers jours, il pensait toujours possible de pouvoir constituer un groupe propre à l’Assemblée nationale. On verra s’il y arrive. La nouveauté en tout cas, c’est que le PS est désormais concurrencé par un groupe France insoumise décidé à en découdre, avec des personnalités très fortes comme Jean-Luc Mélenchon et François Ruffin.

"L'opposition n'est pas encore morte, mais…"

Malgré ce que l'on a pu dire, l'opposition n’est donc pas encore morte, c’est sûr, mais elle est affaiblie, divisée, et manifestement soucieuse de continuer à se diviser. Le PS et LR, c’étaient les deux partis, vous vous souvenez, qui pointaient le risque d’une majorité hégémonique de La République en marche. Peut-être trouvent-ils finalement qu’elle ne l’est pas assez, hégémonique."

Cécile Cornudet