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COULISSES - Les reporters de RMC racontent leur campagne présidentielle

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Depuis le début de la campagne, ils n’ont quasiment rien manqué des sorties des candidats à l'élection présidentielle. Les journalistes politiques de RMC ont collé de près les prétendants à l'Elysée. Ils racontent leurs souvenirs, à quelques heures du premier tour.

C’est le sprint final. A quelques heures du premier tour de l’élection présidentielle, les reporters du service politique de RMC livrent leurs impressions sur cette campagne pour le moins atypique. Voici ce qu'ils ont appris au fil des derniers mois sur le terrain. 

> Annabel Roger, sur la campagne de Benoît Hamon: "Il ne peut même plus compter sur ses soutiens"

"J’ai vécu la lente descente aux enfers de Benoit Hamon, vainqueur surprise de la primaire de la Belle alliance populaire: le frondeur frondé, lâché par de nombreux "camarades" socialistes partis chez Macron, à commencer par Manuel Valls qui avait pourtant signé une charte promettant de soutenir le vainqueur de la primaire.

Je garderai de la campagne ce moment: jeudi 6 avril, nous sommes au Creusot, sur les terres d’Arnaud Montebourg. Celui-ci est censé accompagner Benoît Hamon toute la matinée mais il arrive en retard, refuse obstinément de poser pour la photo et s’éclipse avant la fin. "Problèmes personnels", expliquent ses proches. Notre constat: Hamon ne peut même plus compter sur ses soutiens. Paradoxalement Benoît Hamon a toujours été bien accueilli sur le terrain, les gens le trouvent sympa, bienveillant, attentif à leurs problèmes, ses meetings ont fait le plein mais ce n’est visiblement pas suffisant pour être Président, du moins pas pour l’instant…"

> Juliette Droz, sur la campagne de Jean-Luc Mélenchon: "l'impression de participer à un grand jeu de cache-cache".

"J'ai vécu la campagne d'un candidat que personne n'avait vu venir et qui au fil des semaines, a choisi d'être partout, sauf là où on l'attendait. Jean-Luc Mélenchon sur une péniche, Jean-Luc Mélenchon qui se dédouble puis se multiplie par sept avec ses hologrammes, Jean-Luc Mélenchon qui sature les réseaux sociaux et invente ses propres canaux médiatiques pour mieux nous contourner: j'ai eu l'impression de participer à un grand jeu de cache-cache, à une campagne assez joyeuse, où on attendait avec impatience le prochain "coup" du candidat. 

Mais le moment qui m'a le plus marquée c'est celui du meeting de Marseille, le 9 avril. Jean-Luc Mélenchon a réussi son pari, la Canebière est noire de monde. Il y a la mer, le soleil, les gens sont euphoriques et un souffle très puissant s'élève de la foule: pour la première fois, les gens scandent "Mélenchon président". Jean-Luc Mélenchon les fait immédiatement taire, il est énervé: 'arrêtez-ça, je ne veux pas, vous n'êtes pas des dévots!'. Cela résume à mon sens toute l'ambiguïté du personnage: il a su fédérer autour de lui mais on le sent très mal à l'aise à l'idée d'incarner ce mouvement, à tel point qu'on se demande parfois s'il veut vraiment le pouvoir".

> Stéphanie Collié, sur la campagne de François Fillon: "un candidat tellement secret que je ne saurais pas vraiment dire qui il est".

"C’était une campagne hors normes bien entendu. D’abord parce que François Fillon était la surprise de la primaire. Ensuite parce qu’il y a eu les affaires qui ont changé sa manière de faire campagne. Le moment dont je me souviens le plus c’est ce matin du Salon de l’agriculture où on attend François Fillon qui ne viendra pas. Et cette conférence de presse à midi ou il nous confirme avoir reçu une lettre lui signifiant sa convocation en vue d’une mise en examen.

Du coup, lorsque je regarde en arrière, la première impression qui me vient c’est d’avoir suivi un candidat tellement secret qu'à l’issue de cette campagne je ne saurais pas vraiment dire qui il est. Il est à la fois très en retrait, il est dans le contrôle, il n’est jamais venu vers nous. Et en même temps il y a des instants assez courts ou on pouvait percevoir que c’est un personnage bien plus complexe, sans doute très différent ‘dans la vraie vie’".

> Elisa Bertholomey, sur la campagne d'Emmanuel Macron: "un agenda tellement plein, qu'il s'en dégage une certaine impression de flou et de tâtonnement"

"Emmanuel Macron, personne ne l’avait vu venir. Comment ce candidat, presque inconnu du grand public, qui lance son mouvement il y a un peu plus d’un an parvient, à réaliser un presque sans-faute pour devenir l’un des favoris de l’élection? Malgré son air de petit jeune amateur, j’ai découvert qu’Emmanuel Macron est un fin tacticien qui a une idée très claire de l’endroit où il veut aller. Tout est pensé, millimétré, sous-pesé, aucune action ou prise de parole n’était faite au hasard.

Cela n’empêche pas les gaffes: ses propos sur la colonisation ou les opposants "humiliés" du mariage pour tous ont bien failli casser la campagne du candidat. Parmi les temps forts, je retiens le ralliement de François Bayrou. C’est pour moi le point de bascule, ce qui lui permet de relancer sa campagne fin février et de sortir des polémiques. Un moyen également pour lui de valider sa stratégie de ne pas participer à la primaire de la gauche et d’illustrer son positionnement transpartisan, ni-gauche, ni-droite.

Autre surprise: la curiosité que suscite le candidat. Ses meetings sont toujours archi-pleins, de convaincus mais aussi d’indécis qui viennent observer le phénomène. Les meetings les plus impressionnant pour moi: Bercy lundi dernier, 20 000 personnes dedans et 5000 dehors et Lyon, le 4 février où 15 000 personnes étaient présentes. 

Le principal problème de cette campagne? L’agenda du candidat. Emmanuel Macron veut faire beaucoup de choses et passe beaucoup de temps avec les gens. Souvent, des déplacements étaient décalés, annulés… Il s’en dégage une certaine impression de flou et de tâtonnement".

> Jean-Baptiste Durand, sur la campagne de Marine Le Pen: "Comme un écho au 'dégagisme' prôné par Jean-Luc Mélenchon"

"L'une des choses qui m'aura le plus marqué dans cette campagne c'est sans doute ce slogan, "on est chez nous", scandé inlassablement par les sympathisants de Marine Le Pen. Meeting après meeting, de Lyon à Arcis-sur-Aube, en passant par Monswiller, Les Sables-d'Olonne ou Ajaccio. Parfois à contre-courant, parfois lancé comme un cri de guerre par un militant téméraire, très souvent chanté en choeur, porté par les applaudissements ou le bruit des talons sur les structures métalliques des tribunes. Partout, tout le temps, ce slogan aura plus que jamais résonné dans cette campagne de Marine Le Pen.

Un slogan qui pour beaucoup de ses sympathisants veut dire que les "autres" ne devraient plus être "chez eux" en France. "Trop c'est trop" répètent les militants FN dans tout l'hexagone. Un slogan qui pour beaucoup veut aussi dire "dehors" à cette classe politique "défaillante", jugée coupable sans l'ombre d'un procès d'avoir trahi, abandonné la France et les Français. Comme un écho au "dégagisme" prôné par Jean-Luc Mélenchon, les sympathisants de Marine Le Pen rêvent d'un grand coup de balai, dans l'espoir sincère qu'avec une autre, avec "Marine", tout serait plus simple, tout serait plus facile, tout serait mieux".

Propos recueillis par Antoine Maes