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Débat présidentiel: "je suis assez surprise d’entendre qu’Emmanuel Macron s’en est bien sorti"

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Au lendemain du débat présidentiel, la prestation de Marine Le Pen fait beaucoup parler. Mais peut-on dire pour autant qu'Emmanuel Macron a réussi sa soirée? Pas vraiment selon Elodie Mielczarek, sémiologue, pour qui le candidat d’En Marche! a eu beaucoup de mal à tirer son épingle du jeu.

Elodie Mielczarek, sémiologue, analyste du langage verbal et non verbal. 

"Marine Le Pen a réussi à polariser un certain nombre de commentaires. Quelque part, elle a réussi: en restant à un niveau superficiel, elle a finalement une visibilité plus importante qu'Emmanuel Macron. Lui, on a senti qu’il a fait comme il a pu. Je suis assez surprise d’entendre qu’il s’en est bien sorti. Globalement, le niveau du débat était incroyablement bas. Et Emmanuel macron n’en est pas du tout sorti grandi.

"Il a essayé d’être sur un registre plus analytique"

Dans la première heure, Emmanuel Macron a quand même eu du mal à faire face au déchaînement d’invectives de Marine Le Pen. Il a essayé d’être sur un registre plus analytique, avec des vrais gestes de précision: quand il a le pouce et l’index qui se touchent, il fait une pince. Il essayait d’être dans une posture explicative. Mais parfois il se laissait prendre dans les pièges tendus par Marine Le Pen. Dès le début il a eu cette phrase: "j’assume tout de mon mandat". Il se positionne comme le rassembleur alors que ce mandat pose question.

En même temps, il essaie d’être dans une posture d’écoute. Il a le corps en avant, parfois il pose son menton sur ses mains. C’est la posture du médiateur. Mais ce qui est incroyable c’est que quand il a cette posture là, il a le petit sourire en coin, avec le sourcil relevé qu’on lui connaît bien. Il a une espèce de disymétrie du visage, et elle est interprétée comme du mépris. Le problème c’est que cela intervient pile au moment où Marine Le Pen dresse son élément de langage sur lui, "arrêtez d’être arrogant"

"Il avait beaucoup d’agacement, avec la tête qui partait en arrière"

Il aura fallu attendre une heure pour que le ton soit un peu plus apaisé, pour que Marine Le Pen soit moins dans l’invective, pour qu'il puisse davantage dérouler son argumentation. Ensuite, il est moins dans l’agitation, avec un débit de parole plus lent, beaucoup plus posé. Ce qui l’a sauvé aussi c’est que jusqu’ici il refusait de se mettre à l’attaque ad-hominem. Et à la fin, certainement las de recadrer en permanence le discours de son adversaire, il est allé sur cette stratégie. Et puis il y a aussi quelque chose qu’on lui connaissait moins, mais il nous a fait une petite Juppé: il bavait énormément. Ça, c’est un item de stress. Il n’est pas du tout en terrain sécurisant.

Est-ce qu’il était proche de sortir de ses gonds? C’est un peu exagéré, mais ce qui est sûr c’est qu’il avait beaucoup d’agacement, avec la tête qui partait en arrière. On voyait beaucoup les paumes de sa main, pour montrer son opposition à Marine Le Pen. Et à la fin quand il dit "la France ne vous mérite pas", il a un geste de rejet très fort, une espèce d’expression de dégoût avec la bouche en "u" inversé, ça montre qu’il y a quelque chose de l’ordre du répulsif. Alors que chez Emmanuel Macron on est assez peu dans l’expressivité d'habitude. Là ce qui est le plus ressorti, c’est l’agacement, le dégoût".

Propos recueillis par Antoine Maes