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"Expliquez-nous": pourquoi Ségolène Royal a-t-elle été écartée de son poste d'ambassadrice des pôles?

Ségolène Royal est sur le point de perdre son poste d’ambassadrice des pôles. Le gouvernement lui reproche d’avoir manqué à son devoir de réserve. Mais est-ce qu’elle démissionne ou est ce qu’elle est remerciée ?

Ségolène Royal démissionne avant d'être virée. Elle a reçu il y a 8 jours une lettre de ses deux ministères de tutelle, les Affaires étrangères et l’Ecologie, lui indiquant qu'il est envisagé de mettre fin à vos fonctions en raison de vos récentes prises de position.

Et Ségolène Royal, a fait savoir mardi soir que, comme elle n’avait pas l’intention de se taire, et bien elle se considérait comme licenciée. "Le licenciement a eu lieu", écrit-elle sur sa page Facebook. Et sans entretien préalable.

Des tweets de plus en plus critiques voir agressifs vis à vis du pouvoir

Officiellement, la décision sera prise au cours d’un prochain conseil des ministres. Peut être même ce mercredi. D'après le Canard enchaîné, Emmanuel Macron a validé cette mise a l’écart tout en souhaitant que Ségolène Royal ne soit pas humiliée.

C’est donc bien pour "manquement au devoir de réserve" que Ségolène Royal est licenciée. Notamment pour ses tweets de plus en plus critiques voir agressifs vis à vis du pouvoir. Récemment elle a écrit: "La pagaille ça suffit. Il faut urgemment retirer cette réforme des retraites, mal préparée et injuste". Elle a encore écrit: "Ils veulent donner le pactole des retraites aux assurances privées". A propos d’Emmanuel Macron, elle a tweeté ceci : "Il vient du business mondialisé et il y retournera après l’Elysée avec ses énormes retraites chapeaux".

Autant de prises de positions politiques qui n’ont rien de surprenant de la part d’une femme politique, d’une ancienne candidate a la présidence de la République, mais des positions incompatibles avec la fonction d’ambassadrice, nommé par Emmanuel Macron en 2017.

La ministre de la Transition écologique, Elisabeth Borne l’avait expliqué publiquement ce week-end. Tout en étant visiblement un peu gênée. Pourquoi ? Parce qu’Elisabeth Borne était la collaboratrice de Ségolène Royal lorsqu’elle était ministre de l'Environnement. C’est toujours délicat de devenir la cheffe de sa cheffe. Et en plus d’avoir à la sanctionner.

Irréprochable dans son rôle d'ambassadrice?

Est ce qu’elle ne paie pas aussi un manque d’implication dans ses fonctions d’ambassadrice?

Elle a effectivement été mis en cause pour n’avoir jamais participé aux réunions du conseil de l'Arctique. Une instance qui réunit plusieurs fois par an les pays voisins du pôle nord et où la France a un siège d’observateur. Elle s’est défendue en expliquant qu’elle n’avait pas le droit à la parole dans ces réunions et qu’elle préférait y dépêcher des spécialistes. Elle a aussi expliqué que c'était pour le bilan carbone, ne pas polluer qu’elle évitait de se rendre à ses réunions. Alors qu’en réalité elle était remplacée par des fonctionnaires venant de Paris.

Mais ce n’est certainement pas son absence à ses réunions polaires qui a posé problème. C’est plutôt l’utilisation des moyens du quai d’Orsay à des fins politiques ou personnelles.

Ségolène Royal était ambassadrice "Pro Bono", c’est à dire pas payée, bénévole. Elle disposait d’une enveloppe de frais de 100.000 euros maximum par an, contre trois fois moins à son prédécesseur Michel Rocard. Elle n’avait pas de voiture de fonction ni de chauffeur. Pas d’accès aux salles à manger ou aux salles de réception du quai d’Orsay. Mais elle avait le droit à trois collaborateurs. Un directeur de la communication, et une assistante à temps plein plus un chargé de mission en CDD.

Un abus potentiel

Et ce qu’a démontré récemment une enquête de Radio France, c’est que ces collaborateurs payés par le quai d’Orsay, suivaient Ségolène Royal dans toutes ses activités. Dans des réunions politiques, des signatures de son dernier livre, des voyages en Afrique avec sa fondation “désir d’avenir pour la planète”.

Il y avait potentiellement un abus. Deux députés comptaient l’entendre sur le sujet, mais ce n’est sans doute plus à l’ordre du jour.

L’ancienne candidate à la présidentielle se dit victime d’une campagne de dénigrement. Ségolène Royal a dénoncé ce qu’elle a appelé "les insinuations calomnieuses et diffamatoires" en disant: "Ca prouve que je dérange encore".

2022 dans le viseur?

Comme souvent, elle a fait remarquer que les femmes en politique sont toujours plus attaquées que les hommes. Et elle remarque aussi que ces attaques sont arrivées au moment où elle a plusieurs fois laissé entendre qu’elle n’avait pas renoncé à se présenter à la présidentielle.

Autrement dit : qu'on cherche à la faire taire. C’est ce que disait son entourage mardi soir. En fait, c’est plutôt en la nommant ambassadrice il y a deux ans qu’Emmanuel Macron pensait pouvoir la faire taire. Et visiblement, ça n’a pas marché. Libérée de ses fonctions, elle va certainement penser de plus en plus à la présidentielle de 2022.

Nicolas Poincaré