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Gaz gaspillé par une filiale d'Engie: la députée écologiste Delphine Batho alerte

La technique de la "mise à l'évent", utilisée lors des opérations de maintenance, conduit à un gaspillage conséquent de gaz, rejeté dans l'atmosphère. La députée Delphine Batho, ancienne ministre de l'Ecologie sous François Hollande, se saisit du sujet et réclame un changement de réglementation.

Des millions de mètres cubes de gaz gâchés et rejetés dans l'atmosphère par une filiale d'Engie, lors de simples opérations de maintenance. Après ces images révélées par RMC, et alors que le rapport du Giec préconise de réduire les émissions liées au gaz de 60%, une députée écologiste a décidé de s'emparer du sujet. Delphine Batho veut faire changer la réglementation. La députée écologiste a interpellé la ministre de la Transition écologique Barbara Pompili, qui a répondu vendredi dernier sur le site de l'Assemblée Nationale: "Storengy, c'est 0.1% des émissions nationales. Ce n'est pas pour minimiser ce dont on parle, mais c'est pour donner un ordre de grandeur. Nous restons vigilants".

Ce que dit la ministre de l'Ecologie est vrai. Les révélations de RMC concernent une filiale d'Engie, Storengy, et donc à l'échelle de la France les émissions ne sont pas énormes. Mais ce gaz rejeté directement dans l'atmosphère, ces "mises à l'évent", c'est une pratique généralisée à toute l'industrie du gaz. Ce sont des rejets absolument énormes de méthane, un gaz 80 fois plus polluant que le CO2 sur une échelle de 20 ans.

"Il existe des systèmes pour récupérer ce méthane"

L'Agence Internationale de l'énergie estime même que si on avait capté tout le méthane rejeté l'an dernier par les industries au niveau mondial; on aurait récupéré la moitié de la consommation de l'Europe. Pour Delphine Batho, il faut donc carrément interdire cette pratique.

"Il faut changer et assurer que ce soit respecté. Et ensuite, il faut discuter avec les opérateurs pour que les investissements soient faits et qu'on récupère ce gaz. Qu'on ne le jette pas dans l'atmosphère. Il existe des systèmes pour récupérer ce méthane pour le réinjecter dans le réseau pour qu'il ne parte dans l'atmosphère, c'est ce qui est demandé finalement."

C'est en effet tout à fait possible techniquement. Les techniques existent. Il y a des compresseurs qui permettent de réutiliser le gaz, ce qui demande des moyens financiers. Il y aussi une possibilité de dériver le gaz sur d'autres conduites avant de faire les travaux, ce qui demanderait là des moyens humains. Dans le pire des cas, on peut brûler le gaz, ce qui fait que le gaz est perdu mais au moins n'est pas nocif pour l'effet de serre.

"Je savais que c'était mal, ce que je faisais"

Un autre ancien salarié de Storengy s'est confié et a lui aussi quitté l'entreprise car pour lui, c'était de la pollution délibérée, et ça l'empêchait, dit-il, de dormir la nuit.

"Je savais que c'était mal ce que je faisais, en fait. J'ai fait des choses mauvaises pour la nature et les générations suivantes. Ça travaille sur la conscience. C'est honteux. On parle d'urgence climatique mais l'entreprise ne parle pas d'urgence, on parle de bénéfices."

Et le GIEC, dans son rapport publié lundi, rappelle bien qu'il sera impossible d'atteindre nos objectifs en matière de réchauffement climatique sans réduire massivement les émissions de méthane.

Marie Dupin et Anne-Lyvia Tollinchi (édité par J.A.)