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"Je préfère prendre du bon temps que de voter pour quelqu'un que je ne connais": pourquoi les Français ne sont pas allés voter

Le premier tour des élections régionales et départementales a été marqué par une abstention massive.

Abstention record pour ces scrutins des régionales et départementales. Plus de deux français sur trois n’ont pas été voter. Du jamais-vu depuis le référendum sur le quinquennat en 2000. L’abstention atteint entre 66,1% et 68,6%, selon les estimations des instituts de sondage.

"Le niveau de l’abstention est particulièrement préoccupant", a réagi Gérald Darmanin, le ministre de l’Intérieur sur Twitter. L’abstention la plus élevée pour un premier tour des régionales datait de 2010, avec 53,67 %.

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Alors pourquoi seulement un tiers de français ont fait entendre leur voix dimanche? Voter, ce n'était pas la priorité de certains promeneurs croisés sur le port de Honfleur.

"Je préfère me balader, et c'est au 2e tour que ça se joue généralement donc le premier tour pour moi n'est pas très important."

"Il faut se renseigner de soi-même, et c'est vrai que je ne fais pas cet effort"

Laurent, habitant de l'Oise est bien loin de son bureau de vote.

"J'ai une grande famille et un chien donc j'ai voulu profiter de la mer. Je préfère prendre du bon temps que de voter pour quelqu'un que je ne connais."

Sur la croisette à Cannes, Paul et Eliot ont aussi boudé les urnes.

"Je ne me sens pas vraiment concerné, ça a clairement un manque d'attrait. On en entend moins parler, on est peut-être moins informés. Quand c'est la présidentielle, quand on allume la télé on le sait tout de suite. Là, il faut se renseigner de soi-même, et c'est vrai que je ne fais pas cet effort."

Vote obligatoire: "Les forcer ce n'est pas les intéresser"

Manque de communication, incompréhension de enjeux de l'élection. Pour Christophe Boutin, professeur de droit constitutionnel à Caen. Cette abstention records n'est pas une surprise totale.

"C'est la fin de la crise sanitaire, il fait beau, c'est la fête des pères, il y a l'Euro, les gens ont envie de sortir... On a essayé de ré-intéresser les Français en nationalisant le débat autour des régionales."

Alors faut-il comme en Belgique rendre le vote obligatoire ?

"Les forcer ce n'est pas les intéresser. Est-ce encore une vie démocratique de forcer les gens à venir voter sous peine d'une amende énorme. On ne force pas un âne à boire qui n'a pas soif. Que faut-il faire dans ce cas-là: généralement il faut changer l'eau car il la trouve croupie dans le marigot."

Pour ce politologue, la campagne présidentielle de l'année prochaine remobilisera les électeurs.

Benjamin Pelsy et la rédaction (avec J.A.)