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Je suis sûr que ça ne chôme pas en ce moment à l'Elysée avec François Hollande

François Hollande, dans son bureau de l'Elysée.

François Hollande, dans son bureau de l'Elysée. - Philippe Wojazer / Pool - AFP

Ce samedi, il ne restera plus que 50 jours à François Hollande pour terminer son quinquennat. Cette période de fin de règne, Camille Pascal l'a vécue à l'Elysée, lorsqu'il était conseiller de Nicolas Sarkozy en 2012. Il raconte pour RMC.fr ces derniers instants si particuliers.

Camille Pascal, a été conseiller pour la culture et l'audiovisuel, et plume de Nicolas Sarkozy de 2011 à 2012. Il est resté à ses côtés jusqu'à la passation de pouvoir avec François Hollande, le 15 mai 2012. Il est l'auteur de Scènes de la vie quotidienne à l'Elysée (éd. Plon), et de Ainsi, Dieu choisit la France (éd. Plon). Il est agrégé d'histoire et enseigne à la Sorbonne et à l'EHESS.

"L'ambiance au Palais est très particulière lors des dernières semaines de la présidence. D'abord, il se vide peu à peu. Pour nous, l'effet était encore plus grand qu'aujourd'hui puisque Nicolas Sarkozy était aussi candidat à sa réélection et donc très souvent en déplacement. On ne devait plus être qu'une dizaine de collaborateurs sur place et il y avait comme un sentiment d'appropriation de l'Elysée. J'ai beaucoup profité du Palais à ce moment-là, comme des salons qui étaient habituellement fermés car toujours occupés par des réunions ou des déjeuners... Là, tout était ouvert, il y avait un sentiment de Cité interdite quittée par l'Empereur.

"La machine protocolaire s'assouplit"

C'est en avril-mai, c'est le printemps… il y a quelque chose du Grand-Meaulnes en plein Paris. Il y a une certaine poésie. On pouvait même accéder au jardin, alors que c'est d'habitude réservé au président et à ses hôtes de marque. On avait le temps de discuter avec les gens qui font vivre le Palais: les jardiniers, les fleuristes… Je garde un bon souvenir de cette période. On se rend compte que la machine protocolaire s'assouplit.

Ainsi, les gendarmes et les huissiers en faction devant les escaliers et les salons ne saluent plus ou ne se lèvent plus. On voyait bien qu'ils attendaient les suivants. Petit à petit, le carrosse se transformait en citrouille.

Cette période est aussi un moment de transition qui permet à chacun de 'redescendre', parce que le pouvoir et l'Elysée sont une machine qui vous coupe de la vie réelle. C'est là que vous commencez à redevenir un peu vous-mêmes et à renaître à la vie. Quand vous travaillez pour le président de la République, votre notion du temps est tout à fait différente de celle de la vie normale. Votre vie est rythmée par le président, vous n'avez pas de week-ends, vous pouvez partir à tout moment à l'étranger. Le rythme de vie est déconstruit, et cette période vous permet d'atterrir.

"Vous commencez à redevenir un peu vous-mêmes"

Pour autant, ça ne chômait pas, et je suis sûr que ça ne chôme pas non plus en ce moment à l'Elysée avec François Hollande. On voit bien que le président est en activité permanente, avec de nombreux déplacements, notamment à l'étranger. Quand le gouvernement s'arrête, Matignon s'arrête. Alors que le cabinet de l'Elysée, tant qu'il y a un président en exercice, ça carbure! Si à Matignon, le dernier mois on peut tailler les crayons, à l'Elysée il y a toujours des choses à faire jusqu'à la dernière minute.

Evidemment, dans les deux derniers mois, les dossiers techniques sont au point mort et on gère les affaires courantes. Mais je suis convaincu qu'ils travaillent beaucoup aujourd'hui encore auprès de François Hollande, parce qu'il faut continuer à servir le président. Il y a toujours des réunions de travail, et vu que les effectifs diminuent - parce que certains sont déjà partis pour retrouver leur administration d'origine ou un poste différent -, ceux qui sont encore à l'Elysée doivent travailler peut-être même plus que dans d'autres périodes du quinquennat.

"Plus de travail, car moins de conseillers"

Ce n'est que la semaine précédant la passation de pouvoir que l'on ressent véritablement du soulagement. On sait que, cette fois, c'est fini. Là, le Palais se vide complètement: il faut rendre son ordinateur, classer ses archives et les remettre à l'archiviste de l'Elysée, signer tous les bordereaux de confidentialité, faire ses cartons… pour laisser une place bien nette et impersonnelle aux successeurs. C'est aussi le moment de dire au revoir aux assistants. Il y a ceux qui préparent déjà la suite, et les autres, avec qui vous aviez lié des liens plus personnels. C'est le moment des cadeaux aux assistants, aux gens du pool de régulation pour les véhicules…

Après, c'est comme un sportif de haut-niveau qui arrête sa carrière, il y a une espèce de dépression. J'ai écrit mon livre essentiellement pour combattre ça. Je me suis mis à l'écrire dès le soir du 15 mai, jour de la passation de pouvoir entre Nicolas Sarkozy et François Hollande."

Propos recueillis par Philippe Gril