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Jean-Luc Barré: "Les rocardiens, comme les autres, savent très bien par qui l'argent a été récolté"

Jean-Luc Barré est l'un des premiers à avoir évoqué les liens entre le compte en Suisse de Jérôme Cahuzac et la campagne de Michel Rocard pour 1995.

Jean-Luc Barré est l'un des premiers à avoir évoqué les liens entre le compte en Suisse de Jérôme Cahuzac et la campagne de Michel Rocard pour 1995. - Capture d'écran RMC découverte

Dans son livre "Dissimulations", Jean-Luc Barré est l'un des premiers à avoir évoqué les liens entre la campagne avortée de Michel Rocard pour 1995 et le compte en Suisse de Jérôme Cahuzac. Au micro de Jean-Jacques Bourdin, l'écrivain a estimé ce mardi que la "famille socialiste" connaissait le rôle des 600.000 euros dissimulés par l'ancien ministre du Budget.

Au premier jour de son procès pour fraude fiscale, Jérôme Cahuzac, l'ancien ministre du Budget, a lâché une bombe lundi, en évoquant, pour justifier l'existence de son compte caché en Suisse, le financement de la campagne de Michel Rocard pour la présidentielle de 1995. Une connexion citée il y a quelques mois par Jean-Luc Barré, dans son livre Dissimulations, paru en janvier. Au micro de Jean-Jacques Bourdin mardi, l'écrivain a maintenu ses convictions. 

"Aujourd’hui, on veut nous faire croire que Michel Rocard n’avait pas besoin d’argent pour ses campagnes électorales", déplore Jean-Luc Barré.

"Tout le monde savait que Pierre Fabre alimentait les partis"

Pour lui, les fonds venus alimenter le compte suisse de Jérôme Cahuzac provenaient de laboratoires pharmaceutiques et devaient constituer une cagnotte pour la campagne présidentielle de Michel Rocard en 1995, avortée en 1994 après son échec européen.

"Dans ce livre, détaille Jean-Luc Barré, je relate une visite racontée par un journaliste présent. Jérôme Cahuzac, Michel Rocard et d’autres sont partis rencontrer sur ses terres Pierre Fabre (le patron des laboratoires du même nom, ndlr) toute une journée. Tout le monde savait à l’époque que Pierre Fabre alimentait tous les partis politiques. Il n’y a rien de totalement anormal à ça à l’époque. Pas d’hypocrisie, les rocardiens comme les autres savent très bien par qui l’argent a été récolté pour la campagne qui finalement n’a pas eu lieu", insiste l'auteur.

Un "trésor de guerre"

Au moment de la rédaction de son ouvrage, ce qui a interpellé cet ancien rival politique de Jérôme Cahuzac à Villeneuve-sur-Lot et qui l'a conduit à tirer cette conclusion, c'est le fait que le compte en Suisse ouvert en 1992 n'ait jamais été utilisé jusqu'en 2003.

"L’hypothèse d’un 'trésor de guerre' accumulé en sous-main par les rocardiens, à l’instar des autres familles politiques, n’aurait rien d’invraisemblable", écrit Jean-Luc Barré dans son livre. "Aucune loi n’encadrait encore le financement des partis. Faute de réglementation, tout dans ce domaine semblait permis ou presque. Les abus étaient, si l’on peut dire, monnaie courante. Et le parti socialiste n’était pas le moins épargné́ par les scandales qui s’ensuivaient à intervalles réguliers..."

"La famille socialiste savait"

Pour Jean-Luc Barré, Jérôme Cahuzac "en sait beaucoup, comme tous les hommes politiques." Selon lui, s'il a menti de manière si évidente, c'est sans doute qu'il se sentait couvert, politiquement parlant. "Ce compte étant ce qu'il était, la famille socialiste, et notamment les rocardiens, savait", a insisté l'écrivain, interrogé sur RMC.

Quant aux déclarations de Manuel Valls, qui se place parmi les héritiers de Michel Rocard et s'est dit "dégoûté" par les allégations de Jérôme Cahuzac à son procès, Jean-Luc Barré y répond par cette conclusion: "la question est posée, quel type de financement devait servir à la campagne de Michel Rocard, comme à toutes les campagnes?"

C.V.