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Le nouveau plan du gouvernement à 5 milliards d’euros pour rendre les villes moyennes moins "moches"

Dans "Apolline Matin" ce lundi sur RMC et RMC Story, Nicolas Poincaré explique le nouveau plan du gouvernement pour rendre plus attrayants les centres-villes des villes moyennes.

Le gouvernement annonce un plan de 5 milliards d’euros en faveur des villes moyennes. Une grosse enveloppe pour les aider à redynamiser les centres-villes. Et c’est un enjeu majeur. On parle des villes de moins de 100.000 habitants, où habitent 25% des Français, et où souvent les centres-villes se meurent, avec la fermeture des commerces et une population qui diminue ou qui vieillit.

On pourrait citer des dizaines de villes, prenons-en une seule: Joigny, dans l’Yonne. Au milieu des années 2000, la ville a perdu sa caserne militaire, son tribunal d’instance, son tribunal de commerce, sa maternité, le service de chirurgie à l'hôpital et un poste de police… Dans la foulée, 30% des commerces ont fermé et 15% de la population a quitté la ville. Une ville victime avant tout, au départ, d’un retrait des services publics et donc de l’Etat.

Joigny fait partie de cette France périphérique décrite par le géographe Christophe Guilluy en 2014 ? Cette France qui se sent déclassée et qui a laissé éclater sa colère en occupant les ronds-points, il y a tout juste quatre ans, avec les Gilets jaunes. D'où le plan annoncé par le gouvernement.

Cinq milliards d’euros débloqués dans les quatre ans qui viennent pour financer des projets de rénovation dans 234 villes moyennes. Ce qui fait une enveloppe moyenne d’un peu plus de 20 millions d’euros par ville. Pas de quoi résoudre tous les problèmes, mais de quoi prendre des initiatives pour redynamiser des centres-villes endormis.

La ministre des Collectivités territoriales, Caroline Cayeux, détaille son plan dans une interview au Parisien. Elle parle des projets visant à verdir les centres-villes, pour lutter contre les îlots de chaleur. Elle évoque l’embellissement nécessaire, pour lutter contre ce qu’elle appelle les villes moches. Concrètement, il s’agit de modifier les entrées des villes par des aménagements urbains, pour que la circulation soit plus fluide, en rendant plus discrète les enseignes commerciales, ou encore en luttant contre la population visuelle de l’affichage publicitaire.

Il y aura aussi la possibilité de financer des réaménagements des quartiers de gare. Par exemple, en utilisant des voies ferrées délaissées qui peuvent devenir des pistes cyclables reliant le centre-ville. Le plan prévoit aussi de limiter l'extension des centres commerciaux en périphérie des villes. C’est un des points les plus importants, parce que ce sont évidemment ces grandes surfaces qui tuent le petit commerce et dévitalisent les centres-villes.

Un moratoire déjà mis en place

Ces dernières années, un moratoire a été mis en place pour l’ouverture de nouveaux centres commerciaux. Il a été décidé pour des raisons écologiques autant qu'économiques. C’est la Convention citoyenne sur le climat qui avait obtenu ce moratoire pour lutter contre l'artificialisation des terres.

Aux yeux des écologistes, le programme n’était pas assez ambitieux, mais le résultat est là. Il est désormais plus difficile de transformer un champ en un hypermarché. Le plan annoncé pour les villes moyennes va dans le même sens. Il sera plus facile désormais pour un maire d'empêcher une zone commerciale de s’agrandir.

Un plan en faveur des villes moyennes avait déjà été adopté en 2017. C’est donc aujourd’hui le deuxième volet de ce programme intitulé “Action Coeur des Villes” et qui était déjà doté de 5 milliards d'euros. Cette somme a effectivement été dépensée. On a financé environ 6.000 projets, des réhabilitations de friches industrielles, des créations de parcs, des rénovations de logement, du soutien aux petits commerces…

Caroline Cayeux affirme que ce plan a permis d’enregistrer une augmentation de 15% de la fréquentation des centres-villes. C’est aussi une façon de répondre à cette plainte que l’on entend beaucoup dans la France périphérique, selon laquelle l'État dépense beaucoup plus pour les banlieues que pour la ruralité et les villes moyennes. Ce qui est vrai et incontestable. Ce plan, c’est donc aussi un début de rééquilibrage entre les deux France, celle des grandes agglomérations et celle des territoires.

Nicolas Poincaré