RMC

Le "sentiment d'abandon", le terreau qui fait pousser le FN dans les campagnes

Un éleveur bovin (photo d'illustration).

Un éleveur bovin (photo d'illustration). - Jeff Pachoud - AFP

RMC s'est rendue à Genlis, petite commune de Bourgogne, région où le Front National est arrivé en tête au premier tour des régionales, dimanche dernier. Une ville qui symbolise le vote rurale qui s'est largement porté sur le parti de Marine Le Pen.

La verte France s'est recouverte de bleu Marine. C'est dans les communes des zones rurales que le Front National a obtenu ses meilleurs scores au premier tour des élections régionales dimanche. Il obtient même 90% (!) des suffrages exprimés dans des petites communes, comme Courcelles-sur-Voire, dans l'Aube, ou Guindrecourt-sur-Blaise, en Haute-Marne.

Pour comprendre, RMC s'est rendue à Genlis, petite commune de 5.500 habitants de Côte-d'Or, en Bourgogne. La région a placé la tête de liste du Front National Sophie Montel en tête (31,48% des voix, et même un peu plus à Genlis : 33,47%).

"Les agriculteurs en ont marre de travailler pour ne rien gagner"

Et dimanche prochain, Paul laissera une nouvelle fois ses bêtes quelques heures, pour glisser un bulletin de vote Front National dans l'urne. "Il y a tout un tas de choses qui expliquent que les gens vont voter FN. Mais c'est surtout un vote de ras-le-bol. Les agriculteurs en ont marre de travailler pour ne rien gagner", dénonce cet éleveur de bovins.

De la terre au bitume du centre-ville, les raisons changent, pas le vote. "Pourquoi pas essayer ? C'est un parti comme un autre", estime Michelle. "Oui, il y a de l'insécurité ici: délinquance, drogue, poursuit Louise. On dit que ce n'est que dans les grandes villes mais ça peut arriver partout, c'est sûr". Après tout, Genlis se trouve dans la "banlieue" de Dijon, pourrait-on plaisanter. Car ici, on est bien loin des banlieues et de leurs difficultés, rappelle le maire Les Républicains de Genlis, Vincent Dancourt. "Le sentiment d'insécurité existe, mais l'insécurité par elle-même n'augmente pas. C'est un sentiment au niveau national sur lequel petit à petit on s'identifie ici".

"Un sentiment d'abandon"

Le scrutin régional se nationalise, c'est une évidence. Il suffit de poser une simple question : "Connaissez-vous le nom du candidat FN ici ?". Réponse de Michelle ? "Non. Enfin… il y a Marine Le Pen et il y en a d'autres". Peu importe le candidat, seul compte le parti ! Le Front National n'a pas besoin de faire campagne, Marine Le Pen est sur toutes les affiches, et face à ça, le maire se sent, selon ses mots, "inaudible" et impuissant.

"Les voix que gagnent le Front national, ce n'est pas sur les zones urbaines, c'est sur les zones rurales", confirme Claude Patriat, professeur de science politique à l'Université de Bourgogne. Si on en est arrivé là, c'est parce qu'il y a "un sentiment d'abandon". "Les gens se disent : 'on a essayé la droite, ça n'a pas marché ; on a essayé la gauche, ça n'a pas marché non plus. Et bien on va donner leur chance à ces gens-là, ils vont nous remettre de l'ordre'. Il y a une peur, du fait de la crise économique, et il y a une insécurité, surtout en zone rurale. Et c'est ça qui est absolument impressionnant".

Philippe Gril avec Thomas Chupin