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Le style de Manuel Valls "électrise" le mécontentement à gauche

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Enfariné à Strasbourg, giflé en Bretagne, moqué sur France Inter, Manuel Valls est la cible d'un mécontentement manifeste. Pour le politologue Olivier Rouquan, la raison de cette colère tient au style et au bilan de l'ex-Premier ministre, candidat à la primaire à gauche, ainsi qu'à l'évolution du rapport à la politique.

Olivier Rouquan, politologue, auteur notamment de En finir avec le Président!

"Plusieurs facteurs peuvent expliquer la colère à laquelle fait aujourd'hui face Manuel Valls. Tout d'abord, il n'a pas pris le temps d'une retraite entre sa démission et son entrée en campagne. Son image est donc forcément grevée par le bilan de l'équipe sortante. Institutionnellement, il est aussi celui qui incarne le plus ce bilan, ce qui électrise le mécontentement à gauche. 

De plus, dans sa dernière année à Matignon, il a cristallisé la contestation de la gauche avec la loi El Khomri et la polémique autour de la déchéance de nationalité. Il existe aussi une raison plus personnelle à ce phénomène. Il a une personnalité franche, ferme, et ce style suscite des réactions de même nature. Enfin, il faut remarquer que dans notre société, les incivilités sont de plus en plus fréquentes. Le politique en campagne est régulièrement confronté à des actes isolés, à la limite de la violence. 

Une évolution sur la question de la sécurité "douloureuse pour la gauche"

On aurait d'ailleurs tort de penser que ça ne concerne que Manuel Valls. Je me souviens qu'en 2002, Lionel Jospin avait reçu du ketchup durant la campagne présidentielle. Il avait alors un problème comparable à celui de Manuel Valls à présent, puisqu'il entendait mener une politique assez ferme en matière de sécurité. Il demandait au Parti socialiste d'évoluer sur cette question. Je pense que Manuel Valls, qui fait partie de ceux qui souhaitent incarner une gauche réaliste sur ces thèmes, a été marqué par cette expérience. Il ne peut pas s'étonner du trouble que ça suscite et il l'assume, avec le risque de ne pas plaire à tout le monde à gauche. 

Cette évolution dans le domaine de la sécurité, en effet, est douloureuse pour la gauche et interroge sa culture politique."

Propos recueillis par Robin Verner