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Macron-Le Pen: quelles différences dans leurs programmes sur les questions de sécurité?

Peu abordé au cours de cette campagne présidentielle, le thème de la sécurité est pourtant bien présent dans le programme des deux candidats présents au second tour, Emmanuel Macron et Marine Le Pen. Deux programmes avec des ressemblances et beaucoup de différences.

C’est un thème qui, contre toute attente, ne s’est pas imposé dans cette campagne: la sécurité. Pourtant, les deux candidats, Emmanuel Macron et Marine Le Pen, disposent chacun dans leur arsenal d'une grande loi pour lutter contre l’insécurité. Une loi d’orientation et de programmation pour Emmanuel Macron. Un texte qui n’attend plus que son examen au parlement, la loi étant déjà passée en Conseil des ministres le mois dernier.

Et une grande loi de programmation pour la sécurité et la justice pour Marine Le Pen, là encore travaillée durant de longs mois. Côté budget, la sécurité est une priorité pour les deux candidats. Le président sortant veut allouer 15 milliards d’euros supplémentaires durant les cinq prochaines années, dont la moitié à des investissements numériques, là où Marine Le Pen en propose 8 milliards d’euros.

Emmanuel Macron veut donner la priorité à la sécurité du quotidien, là où Marine Le Pen a opté pour plus de fermeté. Du côté du président sortant, pas vraiment de surprise. Ces propositions ont été faites à Nice en janvier dernier. Il a notamment évoqué son intention de créer 10.000 postes de policiers et gendarmes en plus. Objectif, plus de bleu dans la rue et doubler la présence des forces de l’ordre sur la voie publique, dans les transports et en zone gendarmerie d’ici à 2030. Dans les quartiers sensibles, le candidat propose un énième dispositif dédié, une force d’action républicaine dédiée composée de policiers, de magistrats et d’équipes éducatives. En cas d’élection, Emmanuel Macron promet également de tripler le budget de la vidéo-surveillance et de développer la lutte contre la cybercriminalité.

Concernant les violences faites aux femmes, Emmanuel Macron veut tripler le montant de l’amende contre le harcèlement de rue et doubler les effectifs des enquêteurs travaillant sur les violences familiales.

Marine Le Pen, elle, veut en priorité donner plus de moyens d’action à la police avec notamment la mise en place d’une présomption de légitime défense pour les forces de l’ordre. Selon la candidate, les forces de l'ordre "doivent utiliser la force si nécessaire, sans jamais craindre de l’utiliser". Marine Le Pen souhaite également la mise en place de peines-plancher pour toutes infractions commises contre les policiers. Des propositions qui avaient été saluées par le syndicat de policiers Alliance lors d’un grand oral de la candidate. Côté effectif, Marine Le Pen propose 10.000 postes dont 7.000 sur le terrain et 3.000 dans l’administration. Elle veut également obliger les villes de plus de 10.000 habitants à créer leur propre police municipale.

Plus de magistrats et une amende pour les délits du quotidien

Et pour que la chaîne pénale fonctionne mieux, les deux candidats veulent aussi donner plus de moyens à la justice. Marine Le Pen voudrait à la fois simplifier, accélérer et durcir les procédures. Des peines d’emprisonnement plus rapides et globalement plus de prison pour les délinquants. La candidate veut en effet limiter les travaux d’intérêts généraux et la mise en place du bracelet électronique. Une évolution des pratiques qui nécessiterait le doublement du nombre de postes de magistrats et la création de 25.000 places de prison en six ans.

Autre promesse, l’expulsion des étrangers coupables de crimes et de délits pour qu’ils purgent leur peine dans leur pays d’origine. Mais la mesure la plus emblématique de la candidate du Rassemblement national reste l'établissement de la perpétuité réelle.

Emmanuel Macron veut lui aussi recruter des magistrats, 8.500 d’ici cinq ans, et donner la possibilité de déposer plainte en ligne pour de nombreux délits. Le président sortant propose également de généraliser les amendes forfaitaires pour les délits du quotidien, comme c’est déjà le cas pour la consommation de cannabis. Le système concernerait toutes les personnes condamnées à des peines d'emprisonnement inférieures à un an, les auteurs de tags sur les bâtiments publics ou encore ceux qui allument des fumigènes dans les stades.

Ces amendes seraient directement prélevées sur le revenu. Emmanuel Macron envisage également la création d’un encadrement militaire pour les mineurs délinquants, comme à Mayotte ou en Nouvelle-Calédonie, ainsi que la privation de droits civiques pour les personnes s’attaquant aux dépositaires de l’autorité publique.

Jérémy Trottin