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Noël Mamère, candidat en 2002: "le jour du vote, les minutes durent des heures"

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C’est ce dimanche que les Français sont appelés aux urnes pour élire leur nouveau président. Noël Mamère a été candidat des Verts à la présidentielle de 2002, où il avait obtenu 5,25% des voix. Il sait ce que ressentent aujourd’hui les candidats. Il raconte pour RMC.fr cette journée qui marque une vie.

Noël Mamère a été candidat des Verts (écologistes) à la présidentielle de 2002, où il avait recueilli 5,25% des voix au premier tour, le 21 avril. Cela reste le meilleur score obtenu par un écologiste à la présidentielle. Il est aujourd’hui député-maire de Bègles, en Gironde, et ne se représentera pas à l’issue de ces mandats.

"La campagne s’arrête le vendredi soir, donc vous pouvez profiter d’une journée off le samedi, au cours de laquelle on décompresse un peu après plusieurs mois intenses et de forte pression. Le samedi, c’est vraiment une journée blanche, au cours de laquelle je m’étais un peu reposé. Le dimanche, c’est l’attente. Je ne me souviens plus de ce que j’avais en tête à mon réveil, mais cela devait évidemment être l’élection. Je suis allé voter le matin à Bègles, avec mon épouse. J’avais ensuite pris l’avion pour me rendre à Paris. La journée s’était passée assez tranquillement, je n’étais pas harcelé par mes équipes.

"La pression monte au fil des heures"

Par contre, elle vous paraît longue, très longue. On a l’impression que les minutes durent des heures. La pression monte au fil de la journée et devient de plus en plus forte à mesure que les heures passent et que les premières estimations tombent. J’attendais les résultats avec fébrilité, puisque je voulais absolument faire au moins 5%. Je suis optimiste de nature, et les sondages me créditaient de 6 à 8%. L’angoisse a commencé à me saisir vers 17h30-18h, juste avant l’arrivée des premières estimations, que m’a fourni mon directeur de campagne d’alors, Jean-Luc Bennahmias. Le premier chiffre qui m’a été donné, c’était 4,99%. Puis rapidement cela s’est fixé à au moins 5%.

"La joie, puis un gros coup de froid"

Tout à ma joie d’avoir atteint mon objectif, j’ai eu un gros coup de froid avant 20h quand j’ai appris que Jean-Marie Le Pen était en passe de se qualifier pour le second tour. Je l’ai appris par un journaliste qui me suivait à moto alors que je me rendais en voiture au Trianon, la salle parisienne où avait lieu la soirée électorale des Verts. Il a toqué à la fenêtre de la voiture et me l’a appris. J’étais déjà au courant quand je suis arrivé au milieu des militants qui m’applaudissaient. Eux ne savaient pas encore.

J’ai donc immédiatement écrit un nouveau discours pour inviter les électeurs à voter pour Jacques Chirac au second tour. Puis, je suis allé manifester à la Bastille. Je me suis couché tard dans la nuit de dimanche à lundi avec un sentiment très particulier, entre la satisfaction personnelle et la déception devant cet événement historique. Et surtout la crainte pour le second tour de ce qui allait se passer. C’était une profonde angoisse. 15 ans après, cela reste pour moi un honneur d’avoir pu défendre le projet de ma famille politique. Je l’ai vécu comme un cadeau. Je l’aurais volontiers fait une deuxième fois".

Philippe Gril