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Pourquoi Emmanuel Macron est très attendu sur le sujet des essais nucléaires français en Polynésie?

"EXPLIQUEZ-NOUS" - La France a mené jusqu'en 1996 pas moins de 193 essais nucléaires. Or ceux-ci n'étaient pas si "propre" comme cela avait été avancé.

Emmanuel Macron poursuit son voyage en Polynésie française. S’il y a un sujet sur lequel il est très attendu, ce sont les essais nucléaires. Un sujet qu’il n’a pour l’instant jamais abordé lors d’un voyage présidentiel. Ce sera probablement dans son discours final mercredi.

Le président est très attendu sur ce sujet, parce que c’est une vieille histoire qui remonte aux années 60. Et parce qu’il y a eu des révélations récemment, des révélations alarmantes. On a longtemps dit qu'il n'y avait pas de danger, mais les populations locales auraient en fait été exposées aux radiations.

Alors on va reprendre depuis le début, dans les années 60. Il faut se rendre compte qu'à cette époque, on est en pleine guerre froide. Et la question qui se pose, c’est celle de l’indépendance de la France vis-à-vis des Etats-Unis. En clair, peut-elle avoir sa propre bombe atomique. La réponse est oui, il faut donc mener des tests, ces fameux essais nucléaires. Et pour ça, la France déménage son champ de tir dans l’Océan indien, plus précisément au large de la Polynésie française. L’archipel cède gratuitement deux petites îles paradisiaques.

C’est ici que la France va mener jusqu'en 1996 pas moins de 193 essais nucléaires, dont 46 directement tirés dans l'atmosphère.

Alors à l’époque Paris rassure, il n’y a pas de risque de contamination pour les populations locales. Les essais sont "propres". Et si la France a choisi la Polynésie française, c’est parce que l’archipel a de nombreux atouts. Une centaine d'îles très désertiques. Une position géographique stratégique, perdue au milieu du Pacifique, à 15.000 km de la métropole.

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Et une densité de population très faible. Moins de 5000 habitants dans un rayon de 1000 kilomètres. Il n’y a donc pas grand monde, mais une enquête récente révèle un énorme scandale sanitaire potentiel. La portée de ces essais a longtemps été sous-évaluée.

110.000 personnes auraient été exposées aux retombées des nuages toxiques, selon cette enquête du média d'investigation Disclose et de l'université de Princeton. C'est la quasi-totalité de la population de l’archipel de l’époque.

L’enquête accuse également la France d'avoir eu connaissance du danger, mais de ne pas avoir ni alerté ni protéger les habitants. Selon un rapport confidentiel, 10.000 Polynésiens auraient même été exposés à une dose radioactive cinq fois supérieure à la limite autorisée. Un cluster de cas de cancers de la thyroïde aurait également été détecté sur une île.

Sur place, les populations se mobilisent, on l'imagine, elles dénoncent même un mensonge d’Etat. En fait, elles sont persuadées que ces essais ont provoqué une hausse des cancers. Elles demandent donc le pardon de l’Etat français et l’indemnisation totale des victimes.

La sécurité sociale polynésienne estime à 670 millions d'euros le coût des dépenses liées à ces maladies. Elle demande le remboursement de l’Etat.

Et que fait la France ?

En 2016, François Hollande esquisse un premier pas. Le président reconnaît que les essais ont eu un impact sur l’environnement et sur la santé des habitants. Il promet une simplification des démarches pour être indemnisé. Car depuis 2010, et la loi Morin, on reconnaît une présomption de causalité.

En clair, quand un Polynésien développe un certain type de cancer et qu’il prouve qu’il était présent au moment des essais, il peut demander une indemnisation. Mais les démarches ne sont pas simples et les critères sont très stricts. Beaucoup de dossiers sont refusés. À ce jour, une centaine de victimes a pu être indemnisée. C’est trop peu selon les associations.

Que pourrait donc annoncer Emmanuel Macron ?

Il ne devrait pas y avoir de demande de pardon en tant que tel de la part du président. Mais à la suite de cette enquête, les pouvoirs publics ont décidé de parler enfin des conséquences des essais.

Sur place, il y a eu encore une grande manifestation avec 2500 personnes. Des représentants des ministère de la Défense, de la Santé et des Outre-mer et une délégation polynésienne se sont mis autour d'une table pour discuter de solutions.

Emmanuel Macron pourrait aussi annoncer l'ouverture des archives sur les essais. Et réserve peut être la surprise d'annonces plus fortes. 

Margaux Bourdin avec Guillaume Descours