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Pourquoi les Corses réclament-ils la co-officialité de la langue corse et du français?

En Corse, où se rend Emmanuel Macron ce mardi pour une visite de deux jours, autonomistes et indépendantistes mettent la pression sur l'Etat pour qu'il instaure la co-officialité du français et de la langue corse. RMC s'est rendue dans une école de langue corse où l'on a une crainte: que la langue disparaisse.

Les nationalistes et autonomistes l'attendent de pied ferme. Emmanuel Macron se rend en Corse ce mardi et demain. Une visite de deux jours pour commémorer les 20 ans de l’assassinat du Préfet Erignac, mais où le chef de l’Etat est très attendu par les nationalistes sur sa vision de l’avenir de l’Ile de Beauté. Depuis les élections territoriales de décembre, largement remportées par les nationalistes, le rapport entre le gouvernement et les représentants corses a viré au dialogue de sourd. Les nationalistes espèrent qu’Emmanuel Macron entendra leurs aspirations autonomistes et saisira "une chance historique" de résoudre la question corse.

Parmi les revendications des nationalistes, la reconnaissance de leur langue corse au même titre que le français. C’est ce qu’on appelle la co-officialité. Le gouvernement a répété qu’à ce stade, cela n’était pas envisageable mais pour les Corses, c’est une question de vie ou de mort. Sans reconnaissance officielle par l’Etat français, leur langue est tout simplement menacée de disparition, selon eux.

"Il faut qu'elle redevienne la langue de tous les jours"

RMC s’est rendue dans un cours de corse pour adultes, dans la banlieue d’Ajaccio. Dans la salle de cours, on l'impression d'être dans un petit village de montagne. Le français a quasiment disparu, le professeur Chéché Lanfranchi ne parlant quasiment que le corse. "C'est ma langue première, celle de mes pensées, de mes rêves. C'est la langue de mes énervements. Je dors et je m'énerve en corse. Je pense en corse d'abord", sourit-il. Mais avec le temps, la langue a perdu des locuteurs. Les élèves, comme Marc-Antoine, veulent la garder vivante. "Il faut qu'elle redevienne la langue de tous les jours. Il faut qu'on puisse la parler n'importe où et n'importe quand, en allant faire ses courses, en allant chez le pharmacien… Si elle ne reste encore que dans le parler du bas (sic), ou dans les villages où on la parle peu, ça restera un coup d'épée dans l'eau. Il faut qu'elle gagne les administrations, les entreprises… la vie, quoi!".

"Ce n'est pas renier la République française"

Pour l'instant, la France refuse de reconnaître la langue corse, et refuse de l'inscrire dans la Constitution. Ce qui désole Chéché Lanfranchi. "Si nous n'arrivons pas à avoir la co-officialité, la langue corse est en danger de mort. Ce n'est pas renier la République française, c'est simplement avoir un droit d'existence et un droit au particularisme." Aujourd'hui, la France est l'un des rares pays à n'avoir qu'une seule langue officielle.

P. G. avec Juliette Droz