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Présidentielle 2017: "Pour les petites formations, l'élection est à double tranchant"

Nathalie Arthaud, candidate du "camp des travailleurs" à l'élection présidentielle de 2017. (Photo d'illustration)

Nathalie Arthaud, candidate du "camp des travailleurs" à l'élection présidentielle de 2017. (Photo d'illustration) - Jacques Demarthon - AFP

Derrière les gros partis, comme le Parti socialiste ou le parti Les Républicains, de nombreux petites formations politiques vont tenter de faire entendre leurs voix. Très peu médiatisées, elles n'ont que peu d'espoir d'avoir une réelle influence lors de l'élection présidentielle. Leur présence est-elle encore nécessaire? Pour Bruno Cautrès, chercheur au Centre de recherches politique de Sciences Po, ces petits partis ont toujours une utilité.

"Pour les petites formations politiques, l'élection est une élection à double tranchant. C'est l'occasion unique dans notre vie politique d'exister sur la scène nationale, ils ont une vitrine donnée pendant l'élection présidentielle. Ce qui est paradoxal, c'est que c'est l'élection présidentielle qui va montrer à quel point ce sont de petits partis, avec des scores très bas. Elle montre qu'ils existent et les renvoient en même temps constamment à leur statut de petits partis.

Parfois, ces formations ont une carte à jouer lorsqu'ils occupent une niche électorale, où ils deviennent pour les électeurs associés fortement à un enjeu, à une question, à un thème. Cette élection présidentielle permet d'occuper l'espace médiatique s'ils sont les porteurs d'une question particulière qui intéresse les électeurs.

Les petits partis vont avoir un intérêt stratégique à montrer qu'ils sont les porte-voix d'un segment de la société, alors que les grands veulent couvrir le spectre le plus large possible. Ils ne peuvent pas prétendre incarner un spectre politique aussi large. Ils vont plutôt montrer qu'ils sont les porteurs de quelque chose qui se passent dans la société et que les gros partis ne sauraient voir.

Dans le cadre des institutions de la Vème République, il n'y a effectivement pas tellement d'espoir pour les petites formations politiques. Leur seul espoir est de jouer intelligemment la coalition ou l'alliance avec des grandes forces politiques, d'une manière à leur rapporter des voix dans une optique de deuxième tour, et en contrepartie que ça leur rapporte quelque chose.

"Un effet limité sur l'électorat"

Les électeurs qui vont choisir un petit candidat, c'est souvent qu'ils ne se retrouvent pas dans les grands candidats, ou qu'ils sont intéressés par une personnalité ou un thème particulier. C'est toujours intéressant pour les grands partis d'avoir des formations à coté qui leur permettent de couvrir un spectre encore plus large.

Lorsqu'au soir du premier tour, les petits candidats en appellent à voter pour un grand candidat au deuxième tour, on sait très bien que ça n'a qu'un effet limité pour le corps électoral, mais ça crée un sentiment de dynamique pour le grand candidat, ça donne le sentiment qu'il a la capacité de réunir.

Dans le cadre du scrutin majoritaire à deux tours, c'est vraiment la vocation principale des petites formations politiques, et c'est la raison pour laquelle ces partis revendiquent le passage au scrutin proportionnel, qui permettrait davantage de pouvoir obtenir des élus sans passer par les alliances avec les grandes formations politiques.

"Un travail de terrain"

Les petits partis, pour attirer davantage de monde, devraient surtout faire connaître des propositions et montrer qu'ils sont les porteurs de thèmes qui intéressent les Français, qui sont réalistes, et je pense que le travail de terrain, faire remonter des propositions, et pas seulement exister par un passage dans l'espace médiatique une fois tous les cinq ans.

L'enjeu clé est d'exister et de se faire connaître entre deux grandes élections. Le plus stratégique, c'est sans aucun doute de labourer le terrain, de se faire connaître par ses propositions. A un moment donné, ça finit par payer.

On voit davantage de petites formations avoir du succès aux élection locales. C'est la politique au niveau micro-politique, micro-local. Ils doivent montrer qu'ils ont les capacités à être proches des citoyens."

Propos recueillis par Florian Huvier