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Racialisme, intersectionnalité... pourquoi Emmanuel Macron dénonce

Dans une interview à l’hebdomadaire feminin "Elle", Emmanuel Macron dénonce le racialisme qui se développe et la logique intersectionnelle.

Ce qu’explique Emmanuel Macron c’est qu’il voit la société se racialiser progressivement. “On s’était affranchi de ce concept”, dit le président “et voilà qu’on ré-essentialise les gens par leur race". Alors de fait, le racialisme est un concept assez récent et venu des Etats-Unis.

Le mot racialisé ou racisé n’est entré dans le Robert qu’en 2018, c’est une “personne touchée par le racisme”. Les racialistes défendent qu’il y a en France un racisme structurel, institutionnel, voulu pour garantir un ordre social. En France, disent-ils, les non-blancs sont victimes d’une ségrégation sociale. Il y a des dominants et des dominés.

Ceux qui vont plus loin, estiment que les blancs ne peuvent pas comprendre le racisme parce qu’ils n’en n’ont jamais été victimes. Et cela conduit à la défense de réunion en non-mixité, comme celle de l’UNEF dont on a beaucoup parlé cet hiver.

Fédérer les combats

Ce sont ces théories que dénonce Emmanuel Macron. Pour lui, c’est la négation de l’universalisme. Il ne se reconnaît pas dans ce combat qui renvoie chacun à son identité, ou son particularisme.

Le président de la République dénonce aussi la logique intersectionnelle. L'intersectionnalité, c’est encore un concept de sociologie qui nous vient des Etats Unis. C’est l’étude de ceux qui subissent plusieurs formes de domination. Au départ essentiellement celles qui sont femmes et noires. Celles qui subissent le racisme et le sexisme.

C’est l'idée de fédérer les combats des féministes, des anti-racistes, mais aussi des classes sociales défavorisées ou bien des minorités sexuelles. Toutes victimes d’un patriarcat dominateur et blanc. Là encore Emmanuel Macron rejette ces courants de pensée. Il parle d’une “logique qui fracture tout”.

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Jean Michel Blanquer, le ministre de l’éducation a rajouté jeudi qu’il fallait aussi se battre contre la “cancel culture” et la culture “Woke”. Ça mérite encore quelques explications.

Alors "Woke" en anglais, ça veut dire éveillé. C’est le mouvement qui rassemble tous ceux qui sont “conscients” de tout ce dont on vient de parler. De la domination subit par les racisés et de l’intersection de leur lutte avec celle des femmes. Mais parfois, les "Woke" sont tellement éveillés qu’ils vont très loin.

L’université de Princeton aux Etats-Unis aurait récemment supprimé l’étude du latin et de Grecque parce que les Romains et les Grecs étaient esclavagistes. En vérité, c’est un peu plus compliqué. La fac n’a pas supprimé ces enseignements, mais a cessé de les rendre obligatoires, et pas uniquement à cause du supposé racisme des Romains. Mais c’est tout de même bien la culture "Woke" qui a fait reculer l’enseignement des lettres classiques.

Une universitaire française enseignant aux Etats-Unis a aussi fait beaucoup de bruit récemment en dénonçant dans un colloque à science po, le racisme de la gastronomie française et sa “blanchité alimentaire”.

On évoque aussi souvent le cas de l’université américaine d’Evergreen qui avait voulu instaurer une journée interdite aux blancs. Un professeur juif, de gauche, avait critiqué l'idée. Il a ensuite été victime de menaces et de violences jusqu'à devoir démissionner, sans être soutenu par la direction de l’université. Cette affaire date de 2017, mais elle est aujourd’hui le symbole des excès des “Woke” américains qui dans ce cas-là étaient devenus intolérants, violents et disons-le, raciste a leur tour.

Et la “Cancel culture”, c’est quoi?

Littéralement, c’est la culture de l'annulation, mais on peut aussi traduire par culture de la dénonciation ou du boycott, ou du bannissement. C’est le fait de dénoncer publiquement ceux qui sont supposés être ou avoir été raciste ou agresseurs sexuels.

C’est au nom de la "cancel culture" qu’on déboulonne en Angleterre des statues de Churchill, parce qu’il a été colonialiste. Ou bien qu’on badigeonne en France une statue de Colbert parce qu’il a été esclavagiste.

La cancel Culture permet par exemple de dénoncer, les anti-racialistes, ceux qui contestent l'intersectionnalité des oppressions, ceux qui dorment parce qu’ils ne sont pas Woke, ceux qui parlent le latin, ceux qui ignorent les méfaits de la “blanchité alimentaire”.

Mais plus sérieusement la “cancel culture” c’est aussi ce qui a inspiré le mouvement Metoo qui a mis hors d'état de nuire un certain nombre de prédateurs sexuels qui bénéficiait auparavant d’une incroyable impunité.

Nicolas Poincaré