RMC

Réforme des retraites: la nouvelle stratégie des Insoumis à l'Assemblée nationale

Alors que la réforme des retraites est présentée en Conseil des ministres ce lundi, les députés insoumis changent de tactique à l'Assemblée nationale.

La France insoumise va changer son fusil d'épaule. Plus question de faire obstruction totale au projet de réforme des retraites du gouvernement. Au départ, le mot d'ordre était pourtant de "tout faire pour ralentir l'examen de la réforme". Les députés LFI se préparaient depuis l'automne à une guerre d'usure à l'Assemblée avec des amendements à la pelle.

La présidente du groupe, Mathilde Panot, avait même envisagé 1.000 amendements par député de son groupe... soit 75.000 ! Mais ça, c'était avant.

L'opposition de gauche va déposer beaucoup d'amendements, certes, mais seulement sur le fond, notamment pour défendre l'âge légal de départ à la retraite à 60 ans. "On ne va pas faire des amendements 'virgule'", promet un cadre LFI, c'est à dire des amendements pour modifier une partie insignifiante du texte, bref, qui ne servent pas à grand chose à part ralentir les discussions.

"Le temps est compté, on doit s'adapter"

Pourquoi un tel revirement? A cause du temps imparti pour étudier ce texte à l'Assemblée: 20 jours, pas un de plus. Et pour une cadre insoumise, cela change tout par rapport au projet de réforme de 2019.

"A l'époque, on avait déposé 1.000 amendements par député, mais on était 17, et on voulait laisser le temps à la contestation de s'installer. Là, le temps est compté, on doit s'adapter" explique-t-elle.

Et en fonction de l'avancée du texte, LFI pourrait décider de ne pas défendre certains amendements, ne voulant pas être accusé d'obstruction, et forcer le gouvernement à faire voter le texte ou à le passer en force. Chez les insoumis, tous sont persuadés que c'est la deuxième option qui va l'emporter.

Et ça, l'exécutif l'a bien compris. "Ils veulent qu'on assume de voter notre réforme" résume un député Renaissance. Et si vote il y a, cela se complique avec les désaccords de certains LR et de députés au sein même de la majorité.

Un proche d'un ministre appelle à resserrer les rangs, pour s'assurer que le texte soit bien voté: "Il ne faudrait pas arriver au vote avec une majorité divisée et une alliance avec LR qui vole en éclats" s'inquiète-t-il.

Et si jamais le texte n’est pas examiné dans les temps, le gouvernement peut l’envoyer directement au Sénat, sans vote. Alors non, ce n’est pas un 49.3, mais un autre article de la Constitution, un peu moins connu qui serait utilisé, le 47.1.

Romain Cluzel (édité par J.A.)