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"Scandaleux et inacceptable": Macron suspend la chasse à la glu et cristallise les tensions entre chasseurs et écologistes

L'an passé, 42.000 oiseaux ont été victimes de cette technique controversée. Allain Bougrain-Dubourg, président de la Ligue pour la protection des oiseaux, salue cette décision, mais déplore une suspension d'un an seulement "inacceptable".

Arbitrant contre les chasseurs, Emmanuel Macron a décidé jeudi de suspendre pour cette saison la chasse à la glu que dénoncent écologistes et défenseurs des oiseaux. Le chef de l'Etat a reçu mercredi le président de la Fédération nationale des chasseurs Willy Schraen, en présence de Barbara Pompili, pour lui faire part de sa décision de fixer à zéro pour cette saison le quota de chasse à la glu pour les grives et les merles - seules espèces pour lesquelles elle était autorisée.

"Incontestablement, c'est une victoire pour la nature et la faune qui agonise et est maltraitée", s’est félicité ce vendredi sur RMC Allain Bougrain-Dubourg, le président de la Ligue pour la protection des oiseaux. Je suis assez sidéré que l’on ait dû aller jusqu’à la commission européenne pour qu’enfin le président de la République ai décidé d’en finir avec ces pratiques d’un autre temps".

Jusqu'ici Emmanuel Macron, qui entretient de bons rapports avec les chasseurs, avait refusé d'interdire cette pratique. Mais il s'est depuis engagé avec force à faire de l'écologie une priorité de la fin de son quinquennat. Avec ce geste, il répond à la fois aux demandes des écologistes et aux injonctions de la Commission européenne qui, début juillet, avait donné trois mois à la France pour mettre fin à cette méthode de chasse non-sélective, interdite par une directive de 2009 sauf dérogation.

"Il a voulu faire moins de peine aux chasseurs et aux braconniers"

"Il s’est plié à ce que dit l’Union européenne. En matière de bien-être animal, l’Europe nous tire vers le haut", a assuré Allain Bougrain-Dubourg, ajoutant trouver "scandaleux" et "inacceptable" qu’il ne s’agisse que d’une suspension d’un an. "Je le vois mal dire dans un an: 'tout va bien, on va ré-autoriser la capture des oiseaux avec de la glu'. Je pense que diplomatiquement il a voulu faire moins de peine aux chasseurs et aux braconniers".

Les chasseurs sont pourtant peinés: "On a une chasse légale qui vient d’être arbitrairement arrêtée, c’est inacceptable", a sans surprise dénoncé Willy Schraen, le président de la Fédération nationale des chasseurs. La décision a été prise dans un contexte politique avec de fortes pressions. Dans ce cas-là on arrête tout parce que c’est légal. On ne chasse aucune espèce protégée, sinon ce serait du braconnage ! On parle de 30.000 grives par an sur les 700 millions qu’il y a en France. Je vais défendre ces valeurs rurales qui sont importantes pour notre pays et qui doivent perdurer", a-t-il promis.

Pas de quoi convaincre, Allain Bourgrain Dubourg qui s’en est pris à Willy Schraen s'attachant à démonter le lien entre ruralité et chasse invoqué par le président de la Fédération nationale des chasseurs: "C’est une belle escroquerie de laisser croire que la ruralité serait incarnée par la chasse. Il y a seulement 4% des chasseurs qui sont agriculteurs. L’essentiel des chasseurs sont des citadins qui prennent le fusil et qui vont se promener dans la nature !".

Jusqu'ici, la France était le dernier pays européen à autoriser la chasse à la glu, mais seulement dans cinq départements du sud-est (Alpes-de-Haute-Provence, Alpes-Maritimes, Bouches-du-Rhône, Var et Vaucluse). 

Guillaume Dussourt avec AFP