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Pourquoi certaines archives "secret défense" sur la guerre d'Algérie vont-elles être déclassifiées par l'Elysée?

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EXPLIQUEZ-NOUS - Emmanuel Macron a fait mardi un nouveau geste pour "réconcilier les mémoires" entre Français et Algériens. Il a décidé de faciliter l'accès aux archives secrètes datant de plus de 50 ans, et donc à celle de la guerre d'Algérie.

Dès ce mercredi matin à 9 heures, à l’ouverture du centre des archives des armées, au château de Vincennes, des historiens vont pouvoir venir et demander à consulter les milliers de cartons qui s’y trouvent. Jusqu’à présent, ces historiens devaient faire une demande de consultation papier par écrit. Ils devaient donc savoir exactement ce qu’ils cherchaient et c'était long et laborieux. 

Désormais, ils vont pouvoir demander la levée du secret-défense pour des cartons entiers. C’est donc un geste très concret qui va faciliter les recherches et faire avancer notre connaissance sur ce qui s’est passé pendant la guerre d'Algérie.

Qu’est-ce que l’on risque d’apprendre ?

Par définition, on ne sait pas ce que contiennent les cartons secrets défenses. Mais les historiens ont déjà beaucoup travaillé depuis 60 ans, et ils ne s’attendent pas à des révélations fracassantes. Peut-être des informations sur les disparus. Les Algériens ont listé 2200 personnes portées disparues après la guerre. On va peut-être apprendre ce qui est arrivé à certains d’entre eux. Mais pour l'essentiel, on sait ce que l'armée française a fait en Algérie.

La semaine dernière, par exemple, Emmanuel Macron avait reconnu au nom de la France, la torture et l’assassinat d’un avocat algérien en 1957: Ali Boumen Djel. C'était un geste symbolique, mais pas une révélation. Le général français responsable de cet assassinant, le général Aussaresses avait déjà tout raconté il y a 20 ans.

Est-ce que les Algériens sont satisfaits de l’ouverture de ces archives? Les Algériens demandent beaucoup plus. Ils demandent au moins deux choses: des excuses à la France, mais on sait qu'Emmanuel Macron s’y refuse.

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Et puis deuxième demande importante pour les Algériens, ils souhaitent aussi que toute la lumière soit faite sur les essais nucléaires au Sahara, et justement ce dossier-là a été exclu des mesures de déclassification. Le voile ne sera donc pas levé sur ces essais nucléaires qui ont eu lieu dans le désert du sud algérien.

Le secret est maintenu sur cet épisode de l’histoire. Le 1er février 1960, la France est devenue la quatrième puissance nucléaire du monde en faisant exploser une bombe sur le site de Reggane. La bombe la plus puissante de l’histoire à ce moment-là, 70 kilotonnes, quatre fois la puissance de la bombe d’Hiroshima. Et cela à 70 kilomètres des premiers villages.

Une participation au nettoyage des sites

Des ouvriers algériens ont raconté. On leur avait demandé de sortir de leur maison, parce qu’elle risquait de s'effondrer et de se coucher face contre terre. Ils ont vu une immense lumière, puis un énorme fracas comme un tremblement de terre. 24 heures après le nuage radioactif a été enregistré jusqu'au sud de l'Espagne et de l’Italie.

La France a ensuite fait exploser 16 autres bombes nucléaires en plein air, jusqu’en 1966, c'est-à-dire quatre ans après l'indépendance. L'Algérie indépendante avait en effet accepté que la France continue à tester ses bombes sur son territoire.

On ne connaît pas encore aujourd'hui encore le bilan humain de ces essais et des radiations. Les Algériens voudraient que la France participe au nettoyage des deux sites de tir qui sont encore contaminés. Et ils demandent des indemnisations pour les victimes ou plutôt maintenant pour leurs descendants. C’est un des dossiers qui va continuer à pourrir les relations franco-algériennes. Même si Emmanuel Macron est visiblement décidé à avancer pour qu’on puisse un jour solder ce passé.

Nicolas Poincaré