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Quand les patients étrangers des hôpitaux de Paris "oublient" de payer leur facture

Un patient passe un scanner. (Photo d'illustration)

Un patient passe un scanner. (Photo d'illustration) - AFP - Philippe Huguen

En tout, 120 millions d'euros d'interventions chirurgicales et médicales n'ont pas été payés aux hôpitaux parisiens par des patients résidants à l'étranger. Une dette difficile à recouvrer pour l'AP-HP. Explications.

120 millions d'euros : c'est le montant de la dette cumulée des pays étrangers à l'égard de l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris. Cette dette concerne les patients qui vivent à l'étranger, et qui viennent en France dans le cadre d'un soin programmé, comme une opération chirurgicale par exemple, ou d'un patient en séjour en France accueilli à l'AP-HP pour une urgence. (Ça ne concerne pas les patients étrangers résidant en France, de manière régulière ou non, NDR).

Il peut s'agir soit de patients qui ne payent pas leurs soins et consultations (près de 80 millions d'euros), soit de systèmes de sécurité sociale ou de mutuelles étrangères qui ne règlent pas leurs factures à la France (40 millions d'euros). 10.000 patients résidant à l'étranger sont accueillis chaque année dans les hôpitaux parisiens.

"Système de caisse assez archaïque"

Parmi les pays les plus redevables, c'est l'Algérie qui arrive en tête avec 31 millions d'euros de dettes, suivie du Maroc, avec 11 millions, des États-Unis avec 5,7 millions, la Belgique avec 5 millions, la Tunisie avec 4.7 millions et l'Italie avec 4 millions. André Grimaldi, professeur de diabétologie à la Pitié Salpêtrière dénonce un "système de caisse assez archaïque. On ne peut pas payer en carte Visa, on vous envoie une facture à domicile, mais encore faut-il que l'adresse soit la bonne". "Il est inadmissible que ce soit une communauté soumise à l'impôt et à des cotisations qui paient à la place d'un État étranger ou d'une assurance privée étrangère, comme c'est le cas pour les États-Unis", dénonce-t-il.

"On ne va pas s'asseoir sur 120 millions d'euros"

Une dette insupportable pour Olivier Youinou, secrétaire général adjoint du syndicat sud-santé à l'APHP. "On ne va pas s'asseoir sur 120 millions d'euros. On a des patients solvables donc on ne comprend pas qu'on puisse avoir ces factures impayées pour des soins qui ont été promulgués. Ça coute les soins, on ne peut pas travailler gratuitement", s'agace-t-il sur RMC. "Avant de faire des économies sur nos conditions de travail, on dit à la direction générale : 'mettez d'abord vos comptes à jour'. Qu'elle discute avec l'État français et les États étrangers qui lui doivent de l'argent".

Sans attendre un éventuel remboursement de la dette, les hôpitaux de Paris ont décidé de réagir. A partir du mois de septembre, les interventions programmées (hors urgences) de patients résidant à l'étranger devront être réglées avant. Sans quoi ils ne seront pas pris en charge.V

Philippe Gril avec Marie Régnier