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Quand les sénateurs pointent du doigt les pertes de valeurs républicaines à l'école

Un rapport parlementaire pointe la perte des valeurs républicaines à l'école

Un rapport parlementaire pointe la perte des valeurs républicaines à l'école - AFP

DOCUMENT RMC - Ce mercredi un rapport parlementaire sur les pertes des valeurs républicaines à l'école sera remis à la commission des affaires culturelles du Sénat. Alors que les cas de radicalisation d'élèves se multiplient, les sénateurs avancent une vingtaine de propositions pour favoriser le "sentiment d'appartenance à la nation".

Refus de faire une minute de silence, incitation à la haine, apologie du terrorisme…Après les attentats de janvier, de nombreux incidents avaient été signalés dans les établissements scolaires. L'opposition avait crié au scandale et avait demandé à ce que des mesures soient prises afin que ce genre de situation ne se répète pas. Parmi les pistes évoquées pour que l'école retrouve ses valeurs républicaines: chanter la Marseillaise, le port de l'uniforme ou encore la levée de drapeau.

Pour autant, rien n'avait été acté. Mais ce mercredi, un rapport parlementaire sur le sujet est remis à la Commission des affaires culturelles du Sénat. Dans ce document, que RMC a pu consulter en exclusivité, les sénateurs de la commission d'enquête pointent du doigt un malaise au sein de l'Education nationale et un vrai problème vis-à-vis de la religion. Ils évoquent notamment de nombreuses contestations du contenu de certains enseignements, des refus d'assister à certains cours, du racisme ou encore un fort absentéisme lors des fêtes religieuses...

Interdire les signes religieux

L'idée des sénateurs : favoriser le "sentiment d'appartenance à la nation". En clair, l’école doit redevenir un lieu sacré, où les signes religieux sont proscrits. Pour cela, les sénateurs avancent une vingtaine de propositions. Ils prônent par exemple la mise en place d’une "tenue d'établissement" décidée par le chef d'établissement. Par exemple un jean bleu et un t-shirt blanc pour tout le monde. Ils souhaitent aussi interdire les signes ostensibles religieux pour les accompagnateurs lors des sorties scolaires. Ils ne pourraient donc plus porter de signes religieux comme un voile ou une kippa par exemple quand ils encadrent des élèves.

Une telle initiative est défendue par Laurent Escure, secrétaire général d'UNSA-Education. "Toutes les activités scolaires, qu'elles soient dans l'école ou dans le cadre d'une sortie, doivent se faire dans un cadre de neutralité, estime-t-il. L'important est que l'on n'ait pas des personnels, ayant vocation à encadrer ces jeunes, qui soient dans une situation à faire de la propagande ou du prosélytisme de quelque nature que ce soit."

816 cas de radicalisation signalés

Les sénateurs veulent aussi recentrer les programmes d'Histoire sur le "récit national": arrêter d’enseigner la colonisation… et insister sur la construction de la France pour créer un sentiment d'appartenance à la nation. Autre mesure du rapport: moduler les allocations familiales en fonction de l'absentéisme. C’était l’esprit de la Loi Ciotti de 2010, elle n’est plus en vigueur aujourd’hui. L’idée serait de rendre les procédures plus systématiques et plus simples. Ou encore faire signer un code de déontologie aux professeurs (pour éviter toute prise de position / prosélytisme en cours). Enfin, les sénateurs prônent le renforcement de l'apprentissage du français à l'école: le passage au collège serait impossible en cas d'une maîtrise insuffisante.

Par ailleurs, selon ce rapport 816 cas de radicalisation (ou de suspicion) ont été signalés par les chefs d'établissement (collèges et lycées) entre janvier et mai 2015. "Ce n'est pas un phénomène massif, cela reste marginal mais c'est de toute façon trop, juge Hubert Roland, co-secrétaire général du syndicat national des enseignants du secondaire (SNES). C'est trop parce que dès qu'un jeune se radicalise c'est un drame. Ce n'est pas supportable". Mais il insiste: "Dire qu'il y a un danger majeur, c'est excessif. Quand on rapporte à l'ensemble des jeunes qui traversent le système éducatif, 816 c'est une proportion assez faible".

Julien Coudrot, et Benoît Ballet avec Maxime Ricard