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Renvoyé aux assises pour avoir transmis le VIH: "Il ne m'a jamais dit que c'était de sa faute"

TEMOIGNAGE - Dans le Gard, Vanessa, 27 ans, a obtenu il y a quelques jours que son ex-conjoint soit jugé devant les assises pour lui avoir transmis le VIH. Le résultat de plusieurs années de combat.

Après des années de procédures, Vanessa vient d'obtenir que son ex-conjoint soit jugé devant les assises pour lui avoir transmis le VIH. L'homme (aujourd'hui âgé de 37 ans) sera jugé pour "empoisonnement avec préméditation". Dans son ordonnance, le juge d'instruction a non seulement considéré que les charges étaient suffisantes pour que l'ex-petit ami se retrouve dans le box pour empoisonnement, mais il a aussi estimé que les faits ont été commis avec préméditation.

Vanessa a 16 ans lorsqu'elle rencontre, il y a neuf ans, son ex-compagnon, de 10 ans son aîné. Il est séropositif depuis 6 ans mais va lui cacher. Après deux ans de vie commune, Vanessa découvre qu'elle est, à son tour, séropositive. Un choc immense pour la jeune femme. Aujourd'hui encore elle n'arrive pas à prononcer les mots sida et VIH. "Une de ses relations m'a dit que cela serait bien que j'aille voir un médecin. Et celui-ci m'a clairement annoncé que j'étais séropositive depuis peu. Cela m'a choqué", se souvient-elle ce vendredi sur RMC.

"Je ne savais plus quoi faire"

Rapidement très malade, à une époque, elle ne pèse plus que 45 kilos pour 1m70, Vanessa pense qu'elle ne va pas survivre: "Je me suis dit que ma vie était finie. Non seulement, je n'étais plus avec cette personne et en plus on m'apprenait que j'avais une maladie chronique... Je suis tombée en dépression. Je ne savais plus quoi faire. Cette personne m'avait trahie... Je n'étais vraiment pas bien d'autant plus qu'à 18 ans je ne savais pas ce qu'était le sida".

"Quand je suis allée le voir pour avoir des explications, il m'a dit que ce n'était pas grave, que ce n'était pas une maladie grave, que l'on pouvait très bien vivre avec, poursuit la jeune femme. Il ne m'a jamais dit le non de cette maladie. Il ne m'a jamais dit que c'était de sa faute. Pour lui, ce n'était pas très important. Il disait que tout le monde peut vivre avec". Il y a six ans, Vanessa se relève et décide de déposer plainte contre son ex compagnon. Le juge d'instruction a donc estimé, il y a quelques jours, que cet homme devait passer devant les assises pour "empoisonnement avec préméditation".

"Qu'il reconnaisse ses torts"

Une décision dont ne doutait pas Vanessa mais qu'elle vit comme "un soulagement". "C'est un crime, estime-t-elle. 'Homicide par empoisonnement', il n'y a pas de termes juridiques pour le dire mais il savait très bien qu'il était malade, qu'il pouvait me le transmettre". Qu'attend-elle du procès? "Qu'il me dise que c'est de sa faute, qu'il reconnaisse ses torts, assure-t-elle. Il n'a pas ruiné ma vie, mais presque. Je vais vivre toute ma vie avec ça. Aujourd'hui, j'attends donc la fin du procès pour enfin voir ma vie autrement".

"Ça fait sept ans que je me bats contre cette maladie", rappelle la jeune femme avant d'indiquer: "Il faut que ce procès serve d'exemple. A la fin, il faut que les gens malades se disent qu'il faut vraiment faire attention. C'est bête d'en arriver-là mais il faut qu'ils se disent qu'ils n'ont pas envie de se retrouver au tribunal parce qu'ils ont rendu quelqu'un malade. Il faut qu'ils se rendent compte que cette maladie est très grave, qu'il ne faut pas négliger de prévenir les gens". Le procès pourrait avoir lieu à la fin de l'année. L'ex-compagnon de Vanessa risque 15 ans de prison.

Maxime Ricard avec Céline Martelet