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Rue des allocs sur M6: "Une famille de quatre personnes a péri et on va en remettre une couche"

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L'émission La rue des allocs de M6 continue de provoquer la colère des habitants du quartier Saint-Leu à Amiens. Et encore plus depuis que la chaîne a maintenu la diffusion de jeudi, quelques jours après un incendie qui a provoqué la mort d’une famille de quatre personnes dans le quartier. Christelle Waquet, présidente du comité de quartier, raconte le ras-le-bol des habitants pour RMC.fr.

"Il y a une famille de quatre personnes – les deux enfants et les parents – qui a péri, et on va en remettre une couche. On remet le quartier sous les feux des projecteurs, alors qu’il est pour l’instant en phase de deuil. C’est encore nous mettre la tête un peu plus sous l’eau. 

Quand on a entendu le réalisateur dire en interview, après la première diffusion, que 80% des habitants de Saint-Leu étaient des alcooliques…. On ne sait pas d’où il sort les chiffres, et comment on peut se permettre de dire ça. Il avait aussi dit avoir choisi le quartier, non pas parce que c’était le plus pauvre, mais parce qu’il passait bien en 16/9. Voilà, ça fait rire jaune. Quand on est censé faire un reportage, comme ils ont la prétention d’appeler ça, on s’intéresse un minimum aux personnes, c’est la moindre des choses.

"Il y a des personnes qui demandent où est la rue des allocs"

Il y a des retombées qu’on ne soupçonne pas. Les adresses personnelles ont été diffusées. Il y a des gens qui frappent chez eux, qui viennent les voir. Ou ils envoient des courriers en tout genre, même des arnaques pour acheter des livres en gros pour avoir des prix, ce genre de choses… On arrive vraiment dans du grand n’importe quoi. Il y a même des personnes qui passent et qui vous demandent où est la rue des allocs. Comme si elle pouvait exister vraiment. Maintenant on a une autre forme de tourisme, c’est le tourisme voyeuriste.

Construire une image positive d’un quartier, ça peut prendre 10 ans. Là en deux heures de temps, on vous casse le truc à l’échelle nationale. Les gens me disent qu’ils ne veulent plus sortir au moment de la diffusion, ils restent cloîtrés chez eux. Ils ont casté: ils ne sont pas allés chercher l’ingénieur ou l’architecte qui à sa boite dans le quartier. Ils ont ciblé les personnes, ils savaient dès le départ ce qu’ils voulaient faire.

"On a évité la consanguinité, mais pas loin"

Il y a peu d’espoir qu’ils arrêtent l’émission et qu’ils respectent le deuil de la famille. Le seul truc où on aurait pu faire pression ce sont les annonceurs, mais par définition les personnes visées n’ont pas forcément les connexions nécessaires pour se renseigner sur leur droit. On reste dans les gros clichés sur les gens du Nord. On a évité la consanguinité, mais pas loin. Donc on courbe l’échine, on attend que l’orage passe. Mais il y a quand même la colère qui monte, parce qu'il y a un truc qui ne marche pas droit".

Propos recueillis par Antoine Maes