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Avez-vous vraiment confiance dans l’agriculture bio? Ça fait débat sur RMC

Le rapport annuel de l’agence bio vient d’être publié. Et c’est une année record. Deux millions d’hectares de champs français sont désormais cultivés en bio. Et un agriculteur sur 10 travaille en bio. Mais cette extension du bio cache aussi de mauvaises surprises pour le consommateur.

Le bio est en pleine expansion. Désormais, ce sont même les grandes surfaces qui poussent les agriculteurs à se convertir. La demande des consommateurs est de plus en plus forte. Le marché pèse près de 10 milliards d’euros. C’est le seul secteur en croissance pour la grande distribution. Elles vendent la moitié des produits bio écoulés en France. Tout est en hausse: les fruits, les légumes, le vin, les œufs de poule pondeuse. À tel point que cela devient parfois compliqué de s’y retrouver entre toutes les sortes de labels. 

Mais ça reste compliqué de savoir comment le produit a réellement été fabriqué. On parlait des tomates et autres légumes bio produits sous des serres chauffées pour répondre à la demande, même hors saison. Une pratique pour le moment légale, mais qui ne répond pas forcément à ce qu’attend le consommateur de bio. Christelle Pangrazzi est rédactrice en chef adjointe à 60 Millions de consommateurs.

"Ce n’est pas aux consommateurs devant le rayon de se dire, est-ce que mon produit est équitable, est-ce que mon produit est vraiment bon pour l’environnement, est-ce que mon produit ne nuit pas à l’animal parce que, rappelons-le, le bio autorise l’écornage des bovins, les transports qui vont jusqu’à 24 heures pour les porcs... Même le Label Rouge fait mieux. Est-ce que ça n’a pas nui aux personnes qui ont travaillé sur mon produit, est-ce qu’elles ont été décemment payées ? Tous ces critères, le bio devraient aujourd’hui le remplir. Ce sont des exigences qui vont tirer le bio vers le haut", affirme-t-elle. 

Vers une production locale

Sur les tomates chauffées sous serre, la filière se déchire en ce moment. D’un côté, FNSEA et interprofession des fruits et légumes demandent une tolérance pour pouvoir approvisionner les grandes surfaces toute l’année. De l’autre, les fédérations bio ne veulent que des fruits de saison. Le débat sera tranché le 11 juillet lors d’un comité national.

Mais quoi qu’il en soit, c’est un débat salvateur selon Florent Guhl de l’agence bio. C’est en se développant, en pesant plus, que l’agriculture bio réussira à imposer ses critères aux grands distributeurs. 

"La marge de manœuvre des consommateurs, elle est énorme. Pourquoi la grande distribution bouge autant ? On a montré que le développement du bio se fait avant tout dans les magasins de proximité et le drive. Ça veut dire qu’on a des consommateurs qui veulent de la proximité et du choix parce que le drive, c’est aussi, j’ai les produits, les prix, je peux choisir en toute liberté de dire, je vais privilégier un produit français, un produit qui affiche un engagement éthique important. Donc oui, la grande distribution est en train de changer en partie grâce au développement de la bio", précise-t-il.

C’est d’ailleurs l’autre enjeu de cette industrialisation du bio: produire suffisamment pour éviter d’importer du bio produit à plusieurs milliers de kilomètres. Aujourd’hui, 69% des produits bio consommés en France sont fabriqués en France.

Matthieu Rouault avec Guillaume Descours