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Chasse en Afrique: le harcèlement sur les réseaux sociaux est-il choquant ? Ça fait débat sur RMC

Faut-il s'offusquer de la vindicte populaire dirigée à l'encontre des personnes posant devant des animaux morts après des safaris ? Ou faut-il au contraire ne pas criminaliser le "name & shame" pour dénoncer ces pratiques ?

Après les dirigeants d’un Super U du Rhône, c’est au tour d’un vétérinaire de l’Eure d'être pointé du doigt. Depuis jeudi, des photos diffusées sur Internent le montre en train de poser devant des trophées de chasse en Afrique. Son nom, son numéro de téléphone et l’adresse de sa clinique ont été révélés.

"Ça n’arrête pas, je sers de punching-ball", raconte sa secrétaire. Depuis le milieu de semaine, elle reçoit des dizaines de coups de fil d’insultes. La clinique vétérinaire est désertée. Les clients ne souhaitent plus confier leurs animaux au vétérinaire. Sur les réseaux sociaux, on le voit aux côtés d’un éléphant, d’un lion ou encore d’un gnou, tués lors d'un safari légal organisé en 2008 au Cameroun. Le président du conseil de l’ordre semble soutenir ce vétérinaire et regrette le lynchage dont il fait l’objet sur les réseaux sociaux.

"Que la photo leur retombe dans les dents et bien c’est un petit peu de justice"

"Cette personne elle assume ce qu’elle fait dans son petit milieu des chasseurs et bien qu’elle assume face à la société", estime Julien qui tient justement une page Facebook pour dénoncer, photos à l’appui, ces pratiques de chasse.

"Ces gens ils y vont pour la photo au final. Et que la photo leur retombe dans les dents et bien c’est un petit peu de justice. Si cela choque les gens c’est bien qu’il y a un problème. Moi je ne fais juste qu’extraire des choses qui existent déjà et je les mets à la disposition d’une plus large communauté", se justifie-t-il.

"Le jour où ce sera interdit, les publications s’arrêteront d’elles-mêmes puisqu’elles n’auront plus lieu d’être", promet Julien.

Menaces de mort et licenciements

La semaine dernière, le couple de dirigeants du Super U de l’Arbresle dans le Rhône avaient connu le même sort et avaient été insultés, menacés de mort, puis remerciés par la direction de Super U. Si leur avocat a déposé plainte pour les menaces de mort, sur le principe même de la dénonciation, il n’y a rien à faire.

"Ce n’est pas un propos qui porte atteinte à la considération diffamatoire lorsque c’est un propos qui est vrai. On est dans un fait d’actualité et d’intérêt général et donc on considère que l’intérêt général l’emporte sur l’intérêt personnel. Du coup il n’y a pas de recours judiciaire pour empêcher ce type de pratique", explique Anthony Bem, avocat spécialiste du droit sur Internet.

"Profondément choqué qu’on puisse détruire la vie de quelqu’un"

"On est dans un cas ou internet offre sur la place publique en pâture toutes les fautes mêmes celles qui relève de la vie privée ou de l’intimité de la personne et on comprend les conséquences que cela puisse avoir d’ordre personnel ou professionnel", ajoute l'avocat.

Des conséquences que dénoncent pourtant la Fédération nationale des chasseurs. Son président, Willy Schraen annonce vouloir poursuivre Système U. "Profondément choqué qu’on puisse détruire la vie de quelqu’un juste parce qu’on n’accepte pas l’activité légale qu’il pratique" Il dénonce un "système d’intolérance exacerbée".

Bourdin Direct (avec Guillaume Dussourt)