RMC

Chèque "indemnité inflation": la grogne des petits patrons qui vont devoir avancer la somme

REPORTAGE RMC - Les patrons ne goûtent que très peu à la nouvelle prime de 100 euros annoncée par le gouvernement jeudi dernier. Ils vont devoir avancer la somme à leurs employés, souvent sur leur trésorerie.

Si vous êtes salarié et que vous gagnez moins de 2.000 euros net par mois, vous recevrez d'ici la fin de l'année les 100 euros de la prime inflation annoncée jeudi dernier par Jean Castex. Pour vous c'est simple, aucune démarche à effectuer, la somme sera directement versée sur votre compte bancaire en une seule fois.

En revanche, pour votre patron, c'est beaucoup plus compliqué. C'est lui qui va devoir distribuer ces sommes, et en plus de cela les patrons vont devoir avancer l'argent. En guise de "remboursement" ils recevront ensuite une ristourne de cotisation sociale. L'Etat n'aura donc pas à débourser les fonds.

"Pas là pour faire de l'avance sur les crédits de l'Etat"

Les employeurs vont donc devoir piocher dans leur trésorerie, de quoi en agacer plus d'un. 100 euros de prime inflation pour au moins 200 des salariés de Fabrice Godefroy. Une aubaine pour eux. Mais pour ce patron d’une entreprise de pièces automobiles c’est une galère. Il va falloir avancer et piocher dans la trésorerie.

"Pour nous, on estime que c'est 20.000 euros. 20.000 euros d'avance de trésorerie, qui n'étaient pas prévus, dans un contexte qui est quand même difficile. On est en train de se relancer et c'est une somme qui n'est pas négligeable"

Dès aujourd’hui Fabrice Godefroy va réunir ses directeurs des ressources humaines pour s’organiser. Il craint de devoir expliquer à certains employés pourquoi ils ne bénéficient pas de la prime, alors que selon lui c’est à l’Etat de le faire.

"Quelqu'un qui fait moins de 2.000 euros mais qui ne fait pas de kilomètres, mais quelqu'un qui fait 60 km par jour pour venir et qui gagne 2.100 euros, forcément il risque de ne pas comprendre. C'est une délégation de cette pédagogie qu'on va devoir faire à la place de l'Etat."

Des questions dans les grandes, mais aussi les plus petites entreprises. Frédéric Jeanjean emploie 7 salariés. Il va donc devoir avance 700 euros. Et ce n’est pas rien pour ce gérant de brasserie à Marseille.

"Nous sommes aujourd'hui autour de 30% de baisse d'activité et nous nous trouvons dans une situation tendue. Le mois dernier il a fallu réinjecter de l'argent dans l'entreprise pour payer les charges. Maintenant on nous rajoute ça, je ne sais pas si on va pouvoir tenir dans ce sens là."

"Je suis à deux doigts de qualifier ça d'usine à gaz"

Les dirigeants devront verser la prime fin décembre. En guise de remboursement, ils bénéficieront en suite d'une ristourne sur les cotisations sociales... Tout cela est loin, très loin, de leur rôle estime Aziz Senni, un des responsables du Medef.

"L'entreprise est là pour recruter, pour employer, pour développer. Elle n'est pas là pour faire de l'avance sur les crédits de l'Etat, c'est une forme de sous-traitance de la gestion des données publiques. Je suis à deux doigts de qualifier ça d'usine à gaz."

Pour verser ces 100 euros les patrons devront aussi modifier les logiciels de paiement, une opération estimée entre 3.000 et 5.000 euros par société. 

>>> A LIRE AUSSI - Comment l'Etat va-t-il financer le chèque "indemnité inflation"?

Alfred Aurenche & Cyprien Pézeril (avec J.A.)