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Incendies en Gironde: les pompiers mettent en garde contre la possible reprise du feu

Tandis que les deux incendies de Landiras et de La-Teste-de-Buch, en Gironde, sont toujours actifs, le porte-parole de la Fédération nationale des sapeurs-pompiers de France Eric Brocardi était l’invité des Grandes Gueules sur RMC et RMC Story afin de débattre sur les leçons à tirer de la gestion de ces désastres écologiques.

“Attention, c’est loin d’être fini”. Par ces mots, Eric Brocardi tient à mettre en garde la population et l’opinion publique. Si les deux incendies girondins semblent être à un tournant de leur évolution sans pour autant être encore officiellement fixés, “ce n’est pas parce que le feu est fixé ou circonscrit qu’il ne peut pas reprendre” selon le porte-parole de la Fédération nationale des sapeurs-pompiers.

Pour qu’un incendie soit considéré comme fixé, celui-ci ne doit plus gagner de territoire. L’étape suivante est celle de la maîtrise du feu. “C’est le moment où l’ensemble des grandes flammes n’existe plus. Et au-delà de ça, on a ensuite le feu qui est considéré comme circonscrit, c’est-à-dire que l’ensemble du dispositif est tout autour du feu. Et vous savez qu’en Gironde, il y a 66 kilomètres de lisière”.

La perspective d’un feu totalement éteint semble donc encore lointaine selon Eric Brocardi. “On l’a constaté dans les Bouches-du-Rhône (...), où deux jours après, le feu est reparti de plus belle. Globalement, nous ne sommes pas sereins aujourd’hui sur cette partie d’extinction totale du sinistre, sachant qu’hier (mercredi) le directeur départemental d’incendie et de secours a bien dit qu’il y en aurait au moins jusqu’au mois d’octobre en terme de présence de pompiers sur place ”, explique Eric Brocardi.

Une meilleure gestion des coûts

Invité à s’exprimer sur les investissements mis en place pour les sapeurs-pompiers en France, et plus précisément sur les fonds alloués à la lutte contre les incendies, Eric Brocardi estime qu’une meilleure gestion des coûts serait la première étape à franchir.

"Aujourd’hui les équipements de sapeurs-pompiers sont financés par les conseils départementaux. Le sujet, c’est de se demander comment ils les financent."

“Les SDIS (Service Départemental d’Incendie et de Sécurité) supportent des malus écologiques pour payer des véhicules qui servent à protéger l'environnement. Une aberration. Ensuite, on utilise des termes de combat, de soldat du feu par exemple (...) comme si on était en état de guerre, mais nous ne sommes pas régis par le même contrat de financement que les militaires. Donc ça veut dire que même la TIPP, sur les produits, nous la payons. Alors qu’un incendie, aujourd’hui, si on n’a pas les moyens nécessaires et que si on voit que ça commence à coûter cher, la pauvre petite commune qui contribue au financement des SDIS, ça va être compliqué pour elle”, détaille Eric Brocardi.

Pour lui, ces aberrations existent aussi en termes de normes écologiques qui viennent apposer de nouvelles contraintes à l’investissement logistique des pompiers en France. “On n’est pas contre les normes puisqu’elles régissent notre sécurité. Mais quand vous avez une norme Euro 6 sur des véhicules, pour la pollution, et que ça nous fige dans le choix des véhicules et de l’investissement, on pourrait déjà gagner beaucoup de sous. Et je ne vous parle pas d’investissement supplémentaire. À coût constant, on peut déjà commencer à travailler sur des leviers qui peuvent permettre de garantir une meilleure communication nationale pour l’engagement du volontariat, de faciliter les modes opératoires et de gestion au niveau des SDIS par exemple”.

Une intervention tardive des Canadairs?

A la question d’Olivier Truchot de savoir si les Canadairs étaient intervenus trop tard, Eric Brocardi a souhaité détailler la stratégie Vulcain, soit “l’attaque massive sur feu naissant”. Une stratégie qui vise à attaquer le début de l'incendie avec la force maximale. Cependant, 16 départs de feu ont été enregistrés en même temps que ceux de Landiras et La-Teste-de-Buch. Impossible donc de pouvoir couvrir la totalité des incendies naissants avec les “12 Canadairs et 7 Dash” disponibles en France.

De plus, ces Canadairs, “il faut les entretenir". "Est-ce que vous accepteriez de monter dans un avion qui n’est pas entretenu?” se questionne-t-il. Et contrairement à la croyance populaire, ces aéronefs ne sont pas seulement utilisés l’été. Ce qui explique que certains d’entre eux peuvent se retrouver en maintenance en plein mois de juillet.

Et alors que le président de la République, Emmanuel Macron, a annoncé qu’il faudrait acheter plus de Canadair pour la protection civile, le porte-parole de la FNSPF déplore le temps que prend ce type d’investissement. “Le Canadair provient du Canada. De CL-415 on doit produire des CL-515. Un modèle au-dessus, mais qui prend du temps. Et en guise de comparaison, aujourd’hui, lorsque vous amenez votre voiture chez le garagiste, la pièce, vous mettez combien de temps pour la recevoir?”.

Alexis Lalemant