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"L'avenir, c'est la clé sous la porte": la détresse des agriculteurs face au dérèglement climatique

Ce dimanche, Fred, arboriculteur fruitier, et Jérémy, éleveur de chèvres, ont témoigné dans la Matinale week-end de RMC. Face à la douceur inhabituelle et aux craintes de gelées, ils expliquent leur détresse et leurs doutes sur l'avenir face au dérèglement climatique.

"C'est trop doux !" Le temps printanier de ce début d'année inquiète Fred. Dans ses vergers, "des jonquilles commencent à vouloir fleurir, bourgeonnent", en ce début de mois de janvier. Les températures douces, largement au-dessus des normales de saison, dans ce qui est censé être l'hiver, sont un mauvais signal pour l'agriculteur. Le dérèglement climatique change tout. Il l'avoue, ce dimanche, dans la Matinale week-end de RMC: "on a peur de la météo", "ce n'est plus possible de planifier quoi que ce soit".

Sa principale crainte, qu'une gelée vienne par-dessus les bourgeons tout neufs:

"Quand ça vous arrive c'est une catastrophe. A minuit, vous voyez -4°C sur le thermomètre, vous vous dîtes que c'est foutu. En avril 2022, je voyais mes bourgeons à midi, il faisait beau, qui noircissaient. Le lendemain, tous vos fruits sont noirs. Tout est cramé."

Il déplore un "très très gros manque à gagner" à cause de la météo. "D'habitude je fais 25 à 30 tonnes de pruneaux secs, en 2022, j'en ai fait 2,5 tonnes", explique-t-il, voyant sa trésorerie impactée: "Une fois, deux fois, d'accord. Mais la troisième fois, ça ne passe plus" financièrement.

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"C'est voué à l'échec"

Pour Fred, l'avenir de sa "petite structure" est sombre: "l'avenir, c'est la clé sous la porte".

"Je suis en train de bouffer l'héritage de mes parents, grands-parents, arrières grands-parents... qui eux ont mis toutes leurs forces… Moi, je ne vais pas tenir. Ce n'est pas possible. C'est foutu, c'est voué à l'échec", se désole-t-il.

L'agriculteur explique qu'il "ne vit plus" à cause des intempéries: "Quand il y a un orage, vous avez peur de la grêle. Au printemps, vous avez peur du froid, d'une tempête."

"En fait, vous avez un pistolet sur la tempe et vous jouez à la roulette russe. Tant que ce n'est pas récolté, vous ne savez pas ce que vous allez gagner !"

Le manque d'eau

Un constat partagé par Jérémy, éleveur de chèvres: "Les années se suivent et se ressemblent." Son problème a lui n'est pas forcément la douceur, mais le manque d'eau: "les réserves ne se refont pas. A côté de chez moi, j'ai plusieurs maraîchers qui ont des étangs qui sont encore vides, alors que d'habitude, à cette époque, ils débordent." Lui aussi risque de mettre la clé sous la porte:

"Depuis janvier 2022, le granulé de nos chèvres a pris 60% d'augmentation. On a réduit nos quantités, notre production. Si fin d'année 2023, je suis obligé d'acheter du fourrage, je n'ai pas la trésorerie pour. Donc je préfèrerai arrêter tout de suite plutôt que d'aller au casse-pipe."

Les effets du déréglement climatique se voient à l'œil nu chez Jérémy. L'agriculteur de 36 ans explique que, "gamin, j'habite un village de 750 m d'altitude. L'hiver j'ai tout le temps fait de la luge. Ma fille, 9 ans, n'en a jamais fait. On a eu de la neige une fois cet hiver. J'avais 4 cm de neige le matin, à midi il n'y avait plus rien", conclut-il.

https://twitter.com/mmartinezrmc Maxime Martinez Journaliste RMC