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L’alerte de Christiane Lambert: "Si les fermes françaises disparaissent, elles ne rouvriront pas"

Présidente de la FNSEA, Christiane Lambert alerte sur la hausse des coûts pour les agriculteurs, dans "Apolline Matin" ce mardi sur RMC et RMC Story.

Les négociations pour la hausse des prix des produits agricoles

Christiane Lambert, présidente de la FNSEA, dans "Apolline Matin" sur RMC et RMC Story

"Le bras de fer continue avec les distributeurs et les industriels. (L’inflation) C’est +39% sur l’énergie. L’électricité, c’est multiplié par 15. J’ai des agriculteurs, des producteurs de pommes, de betteraves. Pour faire du sucre, il faut prendre une betterave, la sécher, la découper, la réchauffer. Imaginez l’énergie qu’il faut. Quand l’énergie augmente de 39%, si on n’arrive pas à répercuter jusqu’au bout, c’est la faillite assurée."

Le lait à 1 euro le litre

"Ça bouge, j’ai entendu Dominique Schelcher (président de Système U, ndlr) chez vous, qui a dit pour la première fois qu’il faudra que le lait soit à 1 euro. Enfin ! Les Allemands payent leur lait 1 euro au supermarché. Chez nous, c’est 78 centimes. Il y a du lait premier prix, mais moi je n’ai pas de vaches premier prix. C’est assez invraisemblable. Ça n’est rentable que si ça arrive à 1 euro. Pourquoi ? La sécheresse est passée par là, en plus de la flambée de l’énergie avec la guerre en Ukraine. Engrais, carburants… tout a explosé. L’alimentation des vaches, c’est +26%. Pour l’alimentation des porcs et des volailles, c’est +30%. C’est énorme. Personne n’avait prévu autant d’inflation. Donc il faut que le prix du lait monte à 1 euro. Schelcher l’a dit, j’attends que les autres suivent."

La baisse de la production de lait

"Ça fait déjà des mois que des agriculteurs arrêtent le lait. On a une baisse de la production laitière en France, alors que la demande augmente. La France baisse pavillon. Il n’y aura peut-être pas de pénurie, mais il y aura des prix plus élevés parce qu’il y aura une rareté. Au mois de juillet, on a encore -1% de vaches produisant de la viande. Ce n’est pas de la fiction, c’est la réalité. Le moral des entrepreneurs, ça joue énormément. Là, la sécheresse, l’obligation d’acheter des fourrages pour nourrir les animaux, ça augmente encore le coût."

La possibilité pour les agriculteurs de réduire de 10% la consommation d’électricité

"Pour certains oui, pour d’autres moins. J’entendais un patron de crèche dire: ‘J’ai des bébés, je ne peux pas ne pas chauffer". Moi, j’ai des bébés porcelets, je ne peux pas ne pas les chauffer. Sur certains secteurs, on va pouvoir réduire. On va pouvoir faire de la conduite économique de tracteurs, des choses comme ça, mais ça sera quand même limité. Pour sécher le lait, pour faire la poudre de lait ou les yaourts, c’est de l’énergie. Ces entreprises-là ont besoin de répercuter le coût."

Le besoin d’un bouclier énergétique pour les entreprises

"Bruno Le Maire a dit qu’il n’y aurait pas d’impact pour les particuliers. Moi, je dis attention, il ne faut pas qu’il y ait d’impact pour les entreprises non plus. S’il n’y a pas un bouclier énergétique pour les entreprises, elles vont faire faillite. Doubler sa facture d’électricité, c’est mon cas aussi en exploitation porcine, ça ne pas être possible. L’originalité de l’agriculture, c’est que nous sommes capables de produire de l’énergie. On peut faire de la biomasse, du gaz vert, du photovoltaïque. Non seulement nous allons faire la sobriété, mais nous allons faire aussi de la production d’énergie."

L’inquiétude pour l’avenir de l’agriculture en France

"Regardons la réalité des couts. Les Français dépensent 400 euros par mois, pour se nourrir. L’inflation, c’est 21 euros. Mais l’énergie, c’est deux fois plus. Attention à ne pas massacrer l’alimentation. Si les fermes françaises disparaissent, elles ne rouvriront pas. Regardez la moutarde. La France a abandonné sa moutarde, on est dépendant du Canada. Sécheresse, canicule au Canada: pas de moutarde en rayons. Elle revient mais si on perd les vaches laitières, si on continue à baisser le nombre de vaches à viande… En perdant les exploitations agricoles de lait, de volaille, de porc, la France perdrait gros."

LP