RMC

Terres agricoles: comment freiner la spéculation?

Comment empêcher l’accaparement des terres agricoles par les groupes financiers? Une mission parlementaire planche depuis le début de l’année pour renforcer la loi, elle reprend ses travaux ce mardi 11 septembre.

La carte des terres agricoles rétrécie chaque année. Selon le dernier bilan de la FNsafer, l'organisme chargé de contrôler les rachats de terres agricoles, les ventes de surfaces ont atteint un niveau record l'année dernière. Le nombre de transactions a progressé de 7,6%, pour un montant qui bondit, lui, de 15,5%, à 4,6 milliards d’euros.

Le président Emmanuel Macron a promis une loi sur le foncier agricole l'année prochaine mais pour l’heure, une mission parlementaire planche sur le sujet. Le but de cette mission est notamment de renforcer les outils pour empêcher que des "sociétés opaques", parfois étrangères, rachètent et exploitent des parcelles agricoles en France, ce qui met en péril le modèle d'agriculture familial français.

"Cette farine servira à alimenter des boulangeries en Chine"

Le rachat du foncier agricole contribue à vider les campagnes. Dans l’Indre, le champ de blé où nous emmène Bruno Bardon fait partie des 1.700 hectares rachetées dans ce seul département par un groupe industriel chinois: "Cette farine servira à alimenter des boulangeries en Chine".

Cet éleveur laitier, installé depuis 30 ans, observe d’un œil inquiet la campagne se vider de ses paysans.

"Dans cette exploitation avant, il y avait un élevage laitier avec des personnes qui travaillaient dessus. C’était des familles avec des enfants qui allaient à l’école. Aujourd'hui, il n’y a plus de vie localement. On est dans la terre pour la spéculation. A court terme, la destruction d’emploi est néfaste à tous niveaux".

"Le système favorise la financiarisation de l’agriculture où l’intérêt est d’abord fiscal et financier"

En France, il existe pourtant des organismes chargés de contrôler le rachat des terres, on les appelle les Safer, mais leur président Emmanuel Hyest, admet son impuissance.

"On a la possibilité d’intervenir aujourd'hui si 100% des parts de sociétés sont vendues. Le problème est que les conseillers des gens qu’ils souhaitent accaparer transfèrent 99 ou 98% des parts et là, on ne peut pas intervenir. Le système favorise la financiarisation de l’agriculture où l’intérêt est d’abord fiscal et financier plutôt que de la production agricole avec des gens sur le territoire qui vont produire pour en vivre".

La mission parlementaire chargée de renforcer la loi pour réguler l'accaparement des terres rendra ses conclusions fin octobre.

Victor Joanin (avec C.P.)