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49-3, inflation, réforme des retraites: faut-il s'attendre à un retour des Gilets jaunes en 2023?

La rentrée s'annonce houleuse pour le gouvernement, qui s'attaque à la réforme des retraites. Et un collectif de Gilets jaunes appelle déjà à manifester à Paris ce samedi. Si le mouvement connaît peu d'engouement sur les réseaux pour l'instant, il pourrait voir ses rangs grossir à cause de l'inflation et de la hausse des prix de l'énergie.

L’année 2023 pourrait-elle voir le retour des "Gilets jaunes" ? Un appel à manifester ce samedi a pour ambition de relancer le mouvement apparu en 2018. Un collectif appelle à défiler dans les rues de Paris pour protester contre la réforme des retraites, l’utilisation massive du 49-3 ou encore l’inflation.

Mais pour l'instant, le plus grand flou entoure ce nouvel appel à manifester du collectif de "Gilets Jaunes et Citoyens en colère". Car ce n’est pas la première fois qu’il appelle au retour du mouvement. Tous les 15 jours, des appels à manifester sur les réseaux sociaux sont réalisés. Et sur la page Facebook "Tous à Paris le 7 janvier", seules 142 personnes sont sûres de participer à l’événement.

Pourtant, la situation ne s’est pas améliorée. "Les données macro-économiques démontrent que tout est fait pour que ce nouveau mouvement se déclenche", assure sur RMC et RMC Story l’économiste Pierre Rondeau. Selon le Cevipoff, la confiance vis-à-vis du corps politique s’est écroulée, passant de 25% de méfiance en janvier 2018 à 45 en juillet 2022. Quant au moral des ménages, il est en baisse de 28% par rapport à 2018 assure l'Insee.

"Il aurait fallu aller plus loin"

Pour le politologue Jérôme Fourquet, directeur du département Opinion publique et stratégie d’entreprise à l’Ifop, les Français se sont dépolitisés. Ils expriment aujourd’hui un ras-le-bol sans s’identifier à un mouvement politique.

Ancien "gilet jaune", Thomas, fonctionnaire en Haute-Saône, ne se déplacera pas ce samedi: "J’ai fait partie des premiers gilets jaunes à aller à Paris, j’y croyais je pensais pouvoir changer les choses avec l’engouement national", raconte-t-il sur le plateau d’"Estelle Midi".

"On s’est fait tellement taper dessus au propre comme au figuré pour décrédibiliser un mouvement qui dénonçait un ras-le-bol général... On aurait eu peut-être une faible chance de changer quelque chose, mais il aurait fallu aller plus loin", estime-t-il.

De nouvelles populations dans les manifestations?

"L'histoire ne se répète jamais de la même façon mais il est clair qu'il y a un certain nombre de raisons qui demeurent comme les fractures sociales et territoriales", note Arnaud Benedetti, professeur associé à la Sorbonne et rédacteur en chef de la Revue politique et parlementaire.

Selon lui, l'exécutif pourrait être confronté à une nouvelle convergence des revendications avec l'arrivée sur le terrain de nouveaux acteurs habituellement loin des mouvements sociaux.

"Le gouvernement rentre dans une séquence politique où il y a une agrégation de colère qui n'existait pas auparavant. Les commerçants et les artisans qui n'étaient pas proches des gilets jaunes, parfois même hostiles, les syndicats réformistes comme la CFDT s'opposent à la réforme des retraites et pourraient s'agréger au mouvement", estime-t-il.

Rentrée chargée pour le gouvernement

Ce qui est sûr, c'est que la rentrée s'annonce houleuse pour le gouvernement qui, après avoir usé du 49-3, se dit prêt à l'utiliser encore et encore pour sa controversée réforme des retraites.

Et déjà l'exécutif fait face à d'autres grèves. Les médecins généralistes déplorent un système de soin aux abois et n'honorent plus leurs consultations. Pendant ce temps, boulangers et restaurateurs ferment face à la hausse des prix de l'énergie. Et pourraient se retrouver dans la rue aux côtés des nouveaux "Gilets jaunes".

Guillaume Dussourt