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Arrêtés anti-burkini: "On est en train de créer des armes contre nous pour les dix prochains mois"

REACTIONS - En pleine polémique sur le burkini, le cas de deux femmes vêtues d'un simple voile verbalisées sur des plages de Cannes et Nice a suscité de vives réactions dans la classe politique comme sur les réseaux sociaux. Et pour certains ces photos font le jeu des jihadistes de Daesh.

Au moins 30 communes littorales françaises ont pris, au 24 août, des arrêtés dits "anti-burkini", sur le modèle de Cannes ou de Nice, qui interdisent sur leurs plages publiques le port d'une tenue qui ne serait pas "correcte, respectueuse des bonnes moeurs et du principe de laïcité, et respectant les règles d'hygiène et de sécurité des baignades". Un sujet qui divise l'opinion publique. Et ce mercredi, la polémique a encore enflé après la publication par le Daily Mail sur son site internet de photos d'une femme coiffée d'un turban turquoise contrôlée mardi sur une plage de Nice.

"On a l'impression que l'on est les agents des jihadistes"

Pour Mohamed Chirani, consultant en prévention de la radicalisation, "cette photo va alimenter la propagande de Daesh pendant des années". Il estime aussi que "les deux gagnants dans cette affaire, ce sont Daesh et l'extrême-droite et son discours xénophobe. En revanche, les perdants, ce sont le vivre-ensemble, la laïcité dont le sens a été détourné, les femmes musulmanes voilées qui servent de variable d'ajustement et de fusible et enfin l'Islam qui se retrouve embarqué malgré lui dans cette histoire".

Et d'insister: "La façon par laquelle ce débat est mené va alimenter la propagande de Daesh et de l'extrême-droite. C'est aussi simple que cela". Il n'est pas le seul à estimer que ce débat autour du burkini soit bénéfique à Daesh. "On a l'impression que l'on est les agents des jihadistes. On crée ce truc d'islamophobie qu'ils cherchent à susciter", met en garde François Margolin, réalisateur de "Salafistes", un film documentaire sur le salafisme et le jihadisme, sorti en janvier 2016.

"Cela fait le jeu des terroristes"

"Au départ, ils (les jihadistes, ndlr) étaient plutôt contre le burkini, rappelle-t-il. En effet, ils trouvent que ce n'est pas bien qu'une femme aille à la plage. Mais, finalement, aujourd'hui, ils sont ravis puisque leur stratégie est de montrer qu'il y a de l'islamophobie". "Il est sûr que l'on va retrouver ces photos en Une du prochain magazine de l'Etat islamique, déclare encore François Margolin. Ils n'ont même pas besoin de faire leur propagande, on leur donne des images pour la faire. C'est une lourde erreur pour l'avenir car on est en train de créer des armes contre nous pour les dix prochains mois très certainement".

Enfin, pour Anouar Kbibech, président du CFCM (le Conseil français du culte musulman), avec ce débat, "l'image de la France à l'étranger est écornée". Il ajoute: "Malheureusement, ce type de polémique donne du grain à moudre à un certain nombre de groupuscules jihadistes qui disent 'Vous voyez bien que la France a un problème avec ses musulmans'. Cela fait le jeu des terroristes, cela alimente leur argumentaire, leur volonté de récupérer un certain nombre de déceptions. Nous sommes en train d'alimenter quelques radicalisations potentielles".

M. Ricard avec J. Denoyelle et M. Cadoret