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Chant homophobe avant PSG-Nice: "tout le monde s’en fout, c’est l’impunité la plus totale"

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Dimanche soir, le compte Twitter du PSG a relayé un chant homophobe parti des tribunes du Parc des Princes quelques minutes avant le match contre Nice- (2-2). Si le club a effacé le tweet, la séquence a scandalisé Julien Pontes, ancien président du Paris Foot Gay. L’association s’est d’ailleurs dissoute face au silence sur le sujet de la lutte contre l’homophobie dans le foot.

Julien Pontes, ancien président du Paris Foot Gay.

"Cet épisode m’inspire un profond dégoût, mais je ne suis pas particulièrement surpris qu’on retrouve encore des chants homophobes dans les stades. Normalement, il y a une commission d’observation des stades, chargée de relever tout ce qui concerne les discriminations, qu’elles soient à caractère raciste ou homophobe. Ce tweet et cette vidéo mettent en évidence qu’au sein du Parc, il y a des chants homophobes: c’est un délit. Donc on attend une réaction du PSG, mais aussi de la LFP.

Ces chants, on les entend systématiquement dans les stades où ont lieu des matchs, que ce soit chez les pros ou chez les amateurs. Malheureusement, l’homophobie c’est une norme dans le milieu du foot. Le 20 septembre 2015, lors de Marseille-Lyon, Mathieu Valbuena se fait insulter, la vidéo est encore sur internet, mais ça ne dérange personne. Quelqu’un comme René Malleville, qui est supporter de l’OM, nous dit très clairement "on s’en fout, de toute façon, il n’y a jamais de sanction pour ça". Et il a parfaitement raison. Il a tout compris.

"L’injure publique liée à l’orientation sexuelle, c’est six mois de prison et 22.000 euros d’amende"

On attend aussi une réaction du ministère des Sports. L’injure publique liée à l’orientation sexuelle, c’est six mois de prison et 22.000 euros d’amende. Là, c’est l’impunité la plus totale. En particulier sur l’homophobie, parce que tout le monde s’en fout. Mais ça concerne aussi le racisme. Pénalement c’est très grave, et ça reste banal. C’est pour toutes ces raisons que nous, au Paris Foot Gay, on a jeté l’éponge. Mais même morts, on est encore les plus actifs dans la lutte contre l’homophobie.

C’est un combat extrêmement difficile. Qui ne rapporte pas beaucoup de victoires ou d’avancées. Quand on avait dénoncé les chants homophobes de certains supporters de l’OM, on s’était pris des dizaines et des dizaines de messages injurieux et de menaces de mort sur les réseaux sociaux. On enclenche une action en justice. Résultat des courses? Quatre rappels à la loi. Et il y en a un qui continue à nous insulter! C’est l’impunité. C’est le tabou. C’est l’omerta.

"Cela rigolerait moins avec des retraits de points en championnat"

Il faut engager un combat bien plus important. Ça passe par de la formation. Mais ça passe aussi par des sanctions exemplaires. En 2012, on a sorti une enquête sur la perception de l’homosexualité par les footballeurs professionnels. Résultats: 41 % des joueurs pros sont hostiles aux homosexuels, et 50% des jeunes en centre de formation. Le constat est alarmant, mais je peux vous dire que cela rigolerait moins avec des retraits de points en championnat.

En attendant, le droit existant n’est même pas appliqué. Le monde du foot est une grosse machine à faire rêver, mais l’homophobie ça ne fait pas rêver. Je le vois bien chez les joueurs pros qui sont gays. Il n’y en a pas un en capacité de faire son coming-out. Parce que les sponsors aussi veulent vendre du rêve et ne pas mettre un pied là-dedans. Tout est sur la table, mais il ne se passe rien".

Propos recueillis par Antoine Maes