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Dans les coulisses de la démission de François de Rugy

Alors que Médiapart s’apprêtait à sortir de nouvelles révélations concernant la défiscalisation de ses indemnités de frais de mandat, le ministre de l’Ecologie a choisi de quitter le gouvernement, en pleine séance de questions à l’Assemblée nationale.

Après une semaine de polémiques autour de repas fastueux lorsqu'il présidait l'Assemblée, François de Rugy a démissionné mardi de son poste de ministre de l'Ecologie, immédiatement remplacé par la ministre des Transports Elisabeth Borne.

Le remplacement de François de Rugy s'est finalement joué en quelques heures seulement: un "remplacement express" car il n'était pas question de laisser la chaise vide pour le gouvernement.

Pourtant, François de Rugy a pris tout le monde de court en annonçant sa démission.

En coulisses, tout a basculé en quelques heures... après avoir reçu une nouvelle série de questions de Médiapart, mardi matin. A Matignon, dans le secret d'un face à face avec Edouard Philippe, il jette l'éponge. Le désormais ex numéro 2 du gouvernement se savait sous pression mais "il n'a pas été poussé dehors, c'est sa décision, il voulait partir" affirme l'entourage du Premier ministre.

Pas illégale mais "fortement déconseillée"

François de Rugy a porté plainte contre Mediapart pour diffamation, il s'estime victime d'un "lynchage médiatique". Acculé depuis une semaine et la publication des photos de dîners fastueux organisés lorsqu'il était président de l'Assemblée Nationale, Médiapart a enfoncé le clou et révèlait qu'il a utilisé en 2013 et 2014 une partie de ses frais de mandat de député pour payer ses cotisations à Europe Ecologie Les Verts.

Une pratique qui, à l'époque, n'est pas illégale en tant que telle mais fortement déconseillée par le déontologue de l'Assemblée. En revanche, ce qui est illégal, c'est qu'il a utilisé ce versement pour réduire le montant de ses impôts, alors que les frais de mandat sont eux même exonérés d'impôt. 

Mardi soir, sur Twitter, François de Rugy se comparait à Pierre Beregovoy, l'ancien Premier ministre qui s'était suicidé après avoir démissionné. 

De son côté, le gouvernement "garde le cap": "Notre priorité, c'est l'écologie" rappelle encore un soutien d'Emmanuel Macron, qui veut en faire un axe fort de la deuxième moitié du quinquennat. D'ailleurs dès sa nomination, mardi soir, sur son compte Twitter, Elisabeth Borne se disait "déterminée à poursuivre le combat essentiel de la transition écologique".

La crainte d'un "feuilleton" estival

En réalité, il n'était pas question de traîner un feuilleton estival: "Pour nous, l'affaire Benalla est encore une plaie, on ne veut pas que ça recommence" souffle un conseiller ministériel.

Emmanuel Macron choisit donc une technicienne, issue de la gauche, qui connait déjà le ministère de l'Ecologie: elle y a été directrice de cabinet de Ségolène Royal en 2014. Réputée sérieuse, travailleuse mais austère, son principal fait d'armes jusque là rester d'avoir mener la difficile réforme de la SNCF.

Elisabeth Borne va enfiler son nouveau costume dès mercredi matin en Conseil des ministres. La passation de pouvoirs avec François De Rugy devrait avoir lieu en début d'après-midi. Et c'est bien sûr le tout premier discours du partant, qui sera scruté avec attention... 

Paul Barcelonne avec Xavier Allain