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"Dupin Quotidien": attention au démarchage pour la rénovation énergétique!

Alors que le gouvernement mène actuellement une concertation pour réduire la consommation énergétique des logements, l'UFC-Que Choisir dénonce l'explosion des arnaques et des litiges liés au démarchage. Décryptage de Marie Dupin.

Depuis 2016, l'UFC-Que choisir déplore une explosion d'arnaques sur le démarchage pour la rénovation énergétique. C'est en effet une technique dangereuse avec des pratiques commerciales trompeuses et agressives. Plus d'un consommateur sur trois a ainsi déjà été démarché, selon le médiateur de l'énergie. L'UFC-Que choisir déplore un ras de marée de litiges avec des enjeux financiers énormes: 17 millions d'euros de préjudice signalés, soit 20.000 euros par consommateur lésé

Il y a "tromperies" à tous les étages. D'abord, dans près d'un tiers des dossiers on constate des pratiques commerciales agressives et trompeuses, avec des sollicitations répétées à domicile qui frisent le harcèlement. Les consommateurs les plus fragiles finissent par céder et par signer des contrats qui dépassent parfois leur revenu annuel. Souvent sans le savoir, il y a de nombreux consommateurs qui pensent ne pas être engagé: ils signent une "candidature à un programme vert", une évaluation pour un bilan énergétique, sauf que sans le savoir, ils ont signé un bon de commande. 

Des tarifs exorbitants

Deuxième étape: les consommateurs ne peuvent plus revenir sur leur décision. Car depuis la loi Hamon de 2014 dans le cadre du démarchage, on a un droit de rétractation de 14 jours. Sauf que dans ce cas, des entraves sont nombreuses: pas de formulaire de rétractation obligatoire et parfois même des bons de commande antidatés.

Et puis, troisième étape: les travaux qui sont effectués mais qui sont soit non conformes, soit beaucoup moins rentables que ce qu'avaient promis les démarcheurs. Comme l'exemple des installations photovoltaïques qui représentent 41% des litiges, avec des tarifs exorbitants: 24.300 euros en moyenne via le démarchage et les mêmes travaux, chez un installateur classique, entre 11 et 14.000 euros. Certains démarcheurs vont installer des panneaux photovoltaïques dans des conditions peu propices au vu du niveau d'ensoleillement. Résultat: les projets ne peuvent être rentabilisés que 35 ans après leur pose, soit 10 ans après la fin de la durée de vie de ces installations. 

A qui la faute?

Les banques sont complices de cette situation, car elles financent ces travaux via leurs filiales de crédit. Il y a même des partenariats entre des banques et les entreprises de démarchage. Les établissements bancaires sont pourtant censés effectuer des contrôles mais visiblement, ce n'est pas le cas et les banques continuent de travailler avec ces sociétés. 

Résultat: la situation de la rénovation énergétique est dramatique. Plus de 10 ans après le Grenelle de l'environnement, les objectifs sont loin d'être atteints et ce n'est pas étonnant puisque cette gabegie économique entraîne, aussi forcément, une perte confiance des consommateurs. Qu'on ne s'étonne pas que la rénovation énergétique ne décolle pas et comme les responsables politiques s'y engagent régulièrement de façon un peu théorique.

Marie Dupin