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"C’est humiliant, c’est dégradant": colère après l'annonce d'Emmanuel Macron sur le libre choix des enseignants à Marseille

Emmanuel Macron veut donner aux directeurs le choix de recruter leurs enseignants. Une cinquantaine d'écoles seraient ciblés dès l'année prochaine.

Donner aux directeurs le choix de recruter leurs enseignants. Voilà ce que veut expérimenter Emmanuel Macron dans cinquante écoles marseillaises, dès la rentrée de l'année prochaine. 

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En entendant ces mots de la bouche d'Emmanuel Macron, Virginie Akliouat a bondi devant sa télé. Elle est déléguée syndicat SNU-Ipp dans les Bouches-du-Rhône.

“Aujourd’hui, les directions d’écoles, ce sont des enseignants qui sont des pères parmi leurs pères et c’est ça qui fait la force d’une école. C’est cette capacité à ne pas avoir de supérieur hiérarchique et donc de pouvoir avoir un collectif de travail. Et là, il va couper ce lien et donc ça crée forcément une relation baisée parce que si un directeur ou une directrice peut choisir ses enseignants, il peut aussi les virer”, appuie-t-elle.

Et ça risque de pénaliser les élèves, poursuit son collègue de la CGT Education, Pascal Pons. “Ils détruisent les égalités entre les fonctionnaires et quand ils font ça, ils créent des inégalités sur les territoires et donc entre les enfants”, assure-t-il.

Comme beaucoup d'autres enseignants de la ville, il vit très mal l'annonce de cette expérimentation.

“Je m'attendais à rien, mais je m’attendais à minima à ce qu’il n’y ait pas de déclaration de guerre de la sorte. Ils viennent de dire quand fait, il faudrait juste qu’on recrute les bonnes personnes dans une école? Mais ça, c’est humiliant, c’est dégradant. Et donc quand on arrive à ce genre de conclusion ça permet de ne pas recruter les personnes parce que c’est ça qu’il faudrait faire sur Marseille en fait”, explique-t-il.

Un système bénéfique?

Mais ce nouveau mode de recrutement pourrait être très bénéfique, observe Marc Vannesson. Il travaille au think tank Vers le Haut, qui observe le monde éducatif et tente de proposer des solutions pour améliorer son fonctionnement.

“Si on pense qu’on peut résoudre les problèmes de l’éducation nationale sans avoir devant les élèves des enseignants bien formés, motivés, valorisés et reconnus, on se plante. Un mécanisme de ce type permet aussi aux enseignants de choisir leur établissement parce qu’aujourd’hui, ils n'ont aucun choix. Ils sont principalement affectés par l’ancienneté. Ca leur permet de candidater et de se dire moi, je veux participer à ce projet éducatif”, détaille-t-il.

C'est donc un premier pas, selon lui. Mais il faut que cette décision soit accompagnée d'autres mesures pour être réellement efficace.

Martin Bourdin avec Guillaume Descours