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Interdiction du jogging au lycée? "Aujourd’hui, ce n’est pas un débat pour nous" expliquent les proviseurs

Un lycée.

Un lycée. - AFP – Céline Mihalachi

Au lycée Condorcet de Limay (Yvelines), il est désormais interdit de venir en jogging. C’est la décision du proviseur, qui a fait inscrire noir sur blanc cette interdiction dans le règlement intérieur, révèle Le Parisien de lundi. Hors de question d’en faire un débat national pour le SNPDEN, le syndicat des chefs d’établissement.

"Cette idée revient de temps en temps, de manière ponctuelle, et en général parce que ça correspond à une situation de crispation dans un établissement. Les cas récents que j’ai en tête, ce sont des histoires de port de casquette. Le règlement intérieur de l’établissement fait foi. Il est présenté au conseil d’administration, il est donc adopté avec une majorité voire une unanimité. C’est un des éléments d’autonomie de l’établissement: on n’est pas forcé d’avoir le même règlement intérieur que le lycée voisin.

"Le port de la casquette se pose aujourd’hui, il y a 15 à 20 ans il ne se posait pas du tout"

Cela permet de s’adapter à la réalité. Aucun règlement-type décidé rue de Grenelle ne s’adaptera à la diversité des établissements. Et ça permet de répondre aux éventuelles évolutions sociétales. Le port de la casquette se pose aujourd’hui, il y a 15 à 20 ans il ne se posait pas du tout dans les mêmes conditions. On fait évoluer les choses. Les projets de loi? On se dit que c’est vu de très, très loin, en méconnaissant ce qu’est la réalité d’un établissement, et les textes qui organisent son autonomie.

Aujourd’hui, si on laisse de côté le port des signes ostentatoires de culte, ce n’est pas un débat. Le seul souvenir que j’ai, et il est ancien, ce sont des gamines qui se présentaient aux beaux-jours avec des tenues très légères a qui on a expliqué que le port d’une mini-jupe très, très mini pouvait peut-être poser problème. Mais je ne l’ai jamais traité par la voie du règlement intérieur, je l’ai toujours traité par le dialogue avec les élèves ou leurs familles. Et en général, c’est comme ça que ça se règle.

"Je ne vous explique pas à Marseille si je commençais à légiférer sur la longueur du short"

Donc une mesure générale posée comme ça peut être bizarre à comprendre. Est-ce qu’on interdit de venir en bermuda? A condition que le bermuda soit plus ou moins sous le genou? Sans doute que ça correspond à une situation d’établissement qui a posé un problème ou un trouble. Le collègue doit avoir quelques raisons pour s’être lancé sur cette piste-là. Il ne s’est pas levé un matin en disant ‘’je vais interdire le port du jogging dans mon établissement’’.

Après, c’est la difficulté de poser des limites dans des domaines aussi sociétaux que ça. Moi je ne vous explique pas à Marseille si je commençais à légiférer sur la longueur du short, ou le port des tongs, on n’en sortirait pas. Il y a aussi des contextes locaux: la réglementation à Lille ou à Marseille ne va pas être la même sur le même sujet.

L’uniforme? On s’était dit à un moment donné que c’était peut-être une piste à creuser. D’abord ça se fait dans d’autres pays, et ça ne pose pas plus de problème que ça. C’est même plus ou moins pratiqué dans les DOM-TOM chez nous. J’ai des souvenirs de visite en Guadeloupe, les mêmes élèves du même collège portent tous le même t-shirt orange ou bleu. Il ne s’agit pas de faire du passisme. Mais pourquoi pas imaginer quelque chose qui soit adapté et qui donne un code commun."

Par Antoine Maes