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Lycéens en garde à vue: "La procédure ressemble à une pression de la police"

Agés de 15 à 18 ans, treize lycéens ont été convoqués lundi 2 mai par la police après un incendie et plusieurs dégradations commises devant le lycée Léonard de Vinci à Levallois-Perret, le 5 avril dernier. Ils ont passé la nuit en garde à vue.

Mardi 5 avril dernier, journée nationale de mobilisation contre la loi Travail. A Levallois-Perret, dans les Hauts-de-Seine, le blocage du lycée Léonard de Vinci dégénère. Deux poubelles prennent feu. Mais les flammes atteignent rapidement la façade de l'établissement. Il aura fallu l'intervention d'une douzaine de pompiers pour maîtriser l'incendie. Bilan: 150.000 euros de dégâts. Et aucune interpellation. Mais dans le cadre de l'enquête ouverte par la Sûreté départementale que 47 lycéens ont été convoqués ce lundi.

"Un piège a été tendu"

Seulement 13 se sont rendus à cette convocation, 11 mineurs et 2 majeurs âgés de 15 à 18 ans, qui ont été placés en garde à vue. Accusés de violences volontaires contre agent dépositaire de l'autorité publique et dégradations, ils doivent être déférés ce mardi devant le parquet de Nanterre. Pour Philippe Nicolas, président de la Fédération des conseils de parents d'élèves des Hauts-de-Seine, avec ces gardes à vue, la police cherche à faire pression sur les jeunes afin de les dissuader de manifester.

"Clairement, c'est un piège qui a été tendu, estime-t-il. Personne, à ma connaissance, n'a été pris en flagrant délit et embarqué en comparution immédiate. On parle d'une enquête sur la base de bandes vidéos d'une fiabilité qui ne tiendrait pas longtemps devant un tribunal". Et d'insister: "La procédure ressemble à une pression de la police, à un message envoyé aux jeunes qui se mobilisent. En quelque sorte, l'Etat dit 'Ça suffit ! Maintenant il faut retourner en classe'."

"Les lois et les règles sont appliquées"

En revanche, pour Philippe Tournier, président du Syndicat national des personnels de direction de l'Education nationale, ces gardes à vue sont la juste application de la loi. "Quand on voit les images de l'incendie et la volonté de mettre le feu au lycée, c'est quand même bien normal, dès lors que des suspects sont identifiés, qu'ils soient déférés devant la justice, considère-t-il. Le fait d'être lycéen n'assure aucune impunité particulière".

"Le fait que ce soit à l'occasion d'un mouvement social de protestation contre la loi Travail ne justifie pas ces destructions et ces violences, argumente-t-il encore. Il y a des lois et des règles, elles sont simplement appliquées. Et il serait absolument atterrant qu'il puisse en être autrement". A noter que des rassemblements, à l'appel du syndicat départemental Sud Education, sont prévus ce mardi matin pour contester cette procédure et demander la libération des jeunes.

Maxime Ricard avec Benoît Ballet