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Lycées vétustes: d’autres établissements franciliens s’indignent du délabrement de leurs locaux

Après les révélations de RMC quant à la vétusté du lycée Voillaume, à Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis) en début de semaine, d’autres établissements franciliens semblent eux aussi être victimes d’un délabrement avancé, et inconfortable pour le personnel et les élèves.

Lundi 12 décembre dernier, RMC révélait les conditions de travail jugées indignes dans un bâtiment du lycée Voillaume, situé à Aulnay-sous-Bois en Seine-Saint-Denis. Des températures glaciales, des toilettes insalubres, des fenêtres cassées mais aussi des coupures d'électricité… Les élèves se voient parfois obligés d’étudier en doudoune et doivent éclairer leurs cahiers à l’aide du flash de leur téléphone.

Suite à ces révélations, la présidente de la région, Valérie Pécresse, ainsi que le ministre de l’Education, Pap Ndiaye, se sont rendus sur place pour annoncer de premiers travaux d’urgence pendant les vacances scolaires.

Mais depuis, d’autres lycées ont contacté RMC afin de partager leur indignation vis-à-vis de l’état de leurs locaux. À commencer par une enseignante d’un établissement voisin, Manel Ben Boubaker, qui travaille au lycée Jean-Zay aussi situé à Aulnay-sous-Bois.

Selon elle, les élèves doivent étudier dans des salles comportant “des moisissures” sur les murs. Pire, “il n’y a pas de portes sur certaines toilettes”, explique la membre du syndicat SUD Education.

“Il y a aussi un autre bâtiment, qui est nouveau, et en fait les deux salles du haut sont chauffées mais les salles du bas sont froides. Les élèves sont obligés de garder leur manteau. On a encore demandé des travaux en début d’année, mais on nous a indiqué que nous n’étions pas prioritaires”, déplore Manel Ben Boubaker.

Le cas du lycée Jean Zay fait écho à celui d’un autre établissement, cette fois-ci localisé à Torcy, en Seine-et-Marne. François Joslin, professeur d’histoire géographie au lycée Jean Moulin et délégué syndical SNES, est scandalisé par la vétusté de l’établissement dans lequel il travaille.

Le professeur explique qu’il fait cours au beau milieu des travaux depuis désormais deux ans, tandis que des préfabriqués empilés sur plusieurs étages font office de salle de classe. Le lycée était auparavant déjà très dégradé, et des travaux ont donc été lancés… mais ceux-ci s’éternisent.

Pire encore, selon ses affirmations, une coupure d’électricité a forcé le lycée à fermer toute une semaine… Semaine consacrée à des examens.

“Le Bac blanc qui était prévu a été annulé, au même titre que les rencontres avec les parents elles aussi annulées. On a eu de multiples coupures d’électricité, d’internet… Il y a un risque énorme de décrochage à cause de ça! Rendez-vous compte!”, se désole François Joslin.

Du côté de la Région Île-de-France, on nous dit avoir conscience que les travaux peuvent créer des perturbations mais qu’elle essaie de les limiter.

Au moins 10% d’établissements dégradés en France

Si la moitié des 400 lycées sont jugés vétustes en Île-de-France, le problème ne s’étend évidemment pas qu’au secteur francilien. Une vingtaine d'établissements est par exemple jugée prioritaire en Bretagne.

En tout, 10 % des écoles, collèges et lycées présentent une vétusté importante d’après le ministère de l’Education, mais ces données ne sont que parcellaires. En effet, l’entretien des lycées est géré région par région, la compétence dépendant des collectivités territoriales, et il n’existe aucun état des lieux complet de la vétusté des lycées.

Alors, localement, les choses bougent à une vitesse pour le moins relative. La région Auvergne Rhône-Alpes a par exemple mis en place un plan d’urgence depuis 6 ans, comme l’Île-de-France, où 100% des lycées vétustes doivent être rénovés d’ici 2028.

Et pour comprendre pourquoi ces rénovations prennent autant de temps, il faut détailler les processus semés d’embûches pour réussir à lancer des travaux. Ceux-ci doivent tout d’abord être votés, puis il faut passer par des marchés publics pour lancer des appels d’offres. Parfois, il faut aussi faire appel à des entrepreneurs très spécialisés, et cela prend du temps.

Mais face à l’urgence et aux températures glaciales, un secrétaire syndical du SNES-FSU estime que le ministère de l’éducation nationale doit faire plus pour mieux contrôler les régions.

“Le problème c’est que le ministère ne cherche pas à faire remonter les informations globales pour pouvoir comparer et interpeller les régions ou départements qui sont en retard. Là, il y a un éclairage sur cette situation-là mais on a peur que ce ne soit qu’un feu de paille”, explique Hervé Moreau.

Une chose est sûre, c’est que les moyens doivent être colossaux pour régler la situation. A l’heure actuelle, l’Île-de-France a par exemple investi 6,6 milliards d’euros. L’Etat a de son côté investi 4 milliards depuis 2020, mais les syndicats estiment que les moyens ne sont pas à la hauteur.

Nicolas Traino, avec Alexis Lalemant