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Pénurie d'enseignants: "On envoie devant les élèves des personnes qui n’ont aucune expérience"

Y aura-t-il des enseignants dans chaque classe? À quelques jours de la rentrée scolaire, c'est la grande question. Pour Jean-Rémi Girard, président du Syndicat national des lycées et collèges (Snalc), invité sur RMC et RMC Story ce mercredi, la situation est très compliquée.

À quelques jours de la rentrée scolaire, la question est sur toutes les lèvres. Y aura-t-il un professeur dans chaque classe? D'après Jean-Rémi Girard, président du Syndicat national des lycées et collèges (Snalc), invité dans "Apolline Matin" sur RMC et RMC Story ce mercredi, "il y aura des adultes dans la majorité des classes".

Des adultes mais pas des enseignants. "Ça ne correspond pas au principe qui est un concours à bac+5 et une formation qui va avec, déplore-t-il. Là, on envoie des personnes qui, pour la plupart, n’ont aucune expérience d’enseignement, avec au mieux quatre jours de formation, devant des élèves de collège, de lycée et même d’école primaire."

Pour Jean-Rémi Girard, la question est de savoir "si on arrivera à les remplacer dans les mois qui suivent", parce que, d'après lui, "il y a des endroits où ça ne va pas bien se passer et il y a des gens qui ne vont pas rester très longtemps".

Un métier mal payé et difficile

Ces contractuels qui sont embauchés, ce sont "essentiellement des personnes qui ont passé le concours et qui l’ont raté, ou des personnes qui ont déjà eu un métier et qui veulent une seconde carrière".

Le métier de professeur ne semble plus attirer. "Il est mal payé, il est de plus en plus difficile", note-t-il. À cela s'ajoute le fait que le concours arrive de plus en plus tard. "Quand j’ai commencé, il était en licence, après il est passé en Master 1 et ensuite en Master 2. Il y avait déjà cinq années d’études mais on passait le concours avant donc on commençait à être payés avant." Aujourd'hui, il faut attendre les cinq ans d'études avant de percevoir un salaire.

"Tout le monde se rend compte qu’être professeur, c’est très, très loin d’être une sinécure", affirme Jean-Rémi Girard.

Une situation pas nouvelle

Une situation que confirme Gaëlle, directrice d’école à Paris, qui est intervenue sur RMC ce mercredi matin. "Moi j’ai la chance d’avoir une école complète, mais certains collègues attendent toujours des nominations. Pour autant, ça fait des années qu’on a des contractuels dans certaines académies hyper déficitaires et personne n’en parlait, par exemple, en Seine-Saint-Denis."

Selon elle, des solutions sont possibles, notamment dans le premier degré.

"Il y a des listes complémentaires avec des gens qui ont réussi le concours, mais qui ne sont pas dans les 100 premiers, par exemple. Eux, ils attendent toujours un poste. Par contre, on va chercher des contractuels."

Les contractuels ont-ils leur place dans les établissements? Christophe est l'un deux. Il enseigne le génie civil dans les classes de CAP, 4e, 3e et Segpa en Haute-Marne. Alors qu'il travaillait dans le bâtiment, il a été victime d'un accident de travail.

À la suite de cela, il a dû changer de métier. "Je me suis présenté deux fois au concours. Je l'ai loupé parce que le stress m’a mis KO, mais ça ne fait pas de moi un mauvais enseignant", affirme-t-il. D'ailleurs, devant les élèves, il ne ressent aucun stress. "Je suis dans mon élément donc forcément ça va", conclut-il.

Cette année, plus de 4.000 postes n'ont pas été pourvus aux concours enseignants.

La rédaction