RMC

"Hâte de redevenir sa maman": elle récupère sa fille, placée après des accusations contre son père

En mai dernier, la fille de Pauline est placée en famille d'accueil, après avoir dénoncé des violences incestueuses de son père. La plainte pour inceste a, elle, été classée sans suite. La maman va pouvoir récupérer provisoirement sa fille après une décision de justice, mais toujours avec un suivi de l’Aide sociale à l’enfance.

En début d’année, après une alerte de sa crèche, Louise, deux ans et demi à l’époque, dénonce des violences sexuelles de la part de son père. Sa mère, Pauline, voulant la protéger, contacte les services sociaux et porte plainte. Mais contre toute attente, en mai dernier, Louise est retirée de chez sa mère et son père demande un placement en famille d'accueil. La juge pour enfants accède à cette requête car elle estime qu'il y a un conflit parental, autrement dit, les parents n'arrivent plus à s'entendre.

Depuis, la plainte pour inceste a été classée sans suite. Pour le procureur, il n'y a pas suffisamment de preuves. Louise est passée par cinq familles d’accueil différentes. Pauline a déposé de nombreux recours.

Retour chez sa mère... mais pas tout de suite

La semaine dernière, une juge pour enfants à Orléans a tranché. Louise peut revenir vivre chez sa mère et son père aura sa garde un week-end sur deux.

"On a tellement de choses à faire et à rattraper. Je suis impatiente de pouvoir aller la chercher à l'école, elle me le demande beaucoup, parce que je n'avais pas le droit d'être là pour sa rentrée. J'ai hâte de redevenir sa maman parce qu'on me dépossède de ma maternité", assure-t-elle à RMC.

Mais Louise ne va pas pour autant retrouver sa mère immédiatement. En effet, pour avoir le droit de revenir chez Pauline, la petite fille devra être accompagnée d’un suivi de l’Aide sociale à l’enfance. En attendant la mise en place de ce dispositif, Louise reste en famille d’accueil. Elle ne pourrait retourner chez sa mère que dans quatre ou cinq mois.

"On m'a beaucoup donné l'espoir que j'allais la récupérer très vite mais finalement ça ne se passe pas comme prévu. On a aussi annoncé à ma fille qu'elle allait rentrer dans deux semaines quand elle pleurait et là j'ai encore peur de ne pas la retrouver. C'est un parcours du combattant et on encaisse les coups sans cesse, il faut tenir bon", dit Pauline.

De plus, ce retour chez sa mère n’est qu’une mesure provisoire. Dans un an, un juge devra à nouveau statuer sur le dossier.

>>> Retrouvez toutes les enquêtes de RMC s'engage pour vous en podcasts

Une lettre ouverte à Emmanuel Macron

Désormais, Pauline continue son combat, pour elle, et pour toutes les autres. Depuis notre premier reportage en septembre, Maître Pauline Rongier, l’avocate de Pauline, reçoit au moins un appel par jour de mamans dans la même situation: des femmes qui, en dénonçant les violences de leur conjoint ou ex-compagnon, se retrouvent privées de la garde de leurs enfants.

"Il ne faut pas remettre systématiquement en cause la parole des enfants et des mères. Pourquoi y a-t-il autant de classements sans suite sur les plaintes pour inceste?", s'interroge-t-elle alors que 73% des plaintes finissent classées.

"Cela doit être plus simple de penser qu'une mère manipule son enfant qu'un père le viole. Je pense aussi à toutes les mères qui se taisent parce qu'elles ont peur qu'on leur retire leur enfant si elles parlent et que leur enfant soit encore moins protégé. Il faut que la justice fonctionne et protège", appelle l'avocate.

Son avocate publiera, ce vendredi, une lettre ouverte adressée au président de la République Emmanuel Macron et au gouvernement, co-signée par plusieurs associations dont "Innocence en danger" et "Protégez l’enfant", pour demander une meilleure considération des victimes d’incestes. Selon la Ciivise, la Commission Indépendante sur l’Inceste et les Violences Sexuelles faites aux Enfants, 160.000 enfants sont victimes de violences sexuelles chaque année.

Joanna Chabas avec Amélie Rosique, Elise Denjean et Maxime Martinez