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Elle perd la garde de sa fille après avoir dénoncé les violences incestueuses de son ex-mari

En pleine séparation après avoir été victime de violences conjugales, Pauline a dénoncé les violences sexuelles de son ex-mari sur leur fille de 3 ans. Mais depuis, elle a perdu la garde de son enfant, désormais placé en famille d'accueil.

Pauline a appelé RMC à l’aide. Son parcours est celui de milliers d’autres femmes, victimes de violences conjugales. Un mari abusif, un dépôt de plainte qui n’aboutit pas, une séparation compliquée. Et au milieu, une petite fille, Louise, aujourd’hui âgée de 3 ans, dont Pauline avait jusqu'alors la garde.

En janvier, leur vie bascule. La crèche alerte la maman: le comportement de Louise, terrorisée au moment du change, les inquiète. Interrogée, l’enfant dénonce son père.

Pauline porte plainte pour violences sexuelles et sollicite l’aide des services sociaux, qui lancent une enquête et préconisent le placement de l’enfant. Recommandation suivie par la juge. Le 24 mai dernier, Louise est arrachée à sa mère.

"La référente sociale parle d'un conflit parental, nous n'arrivons pas à nous mettre d'accord. Je ne sais pas comment j'aurais dû faire pour ne pas être dans le conflit. Je n'aurais pas dû croire ma fille. Je suis punie d'avoir tenté de la protéger, je n'imaginais pas en arriver là", explique Pauline.

Depuis quatre mois, la petite fille est baladée de famille d’accueil en famille d’accueil. Sa mère n’a même pas pu l’emmener à l’école pour sa première rentrée. Et les visites hebdomadaires sont un déchirement.

"Elle m'a regardée, elle m'a dit 'non' et elle s'est mise à pleurer, elle a dit 'non ne part pas'. Elle pleurait, elle ne voulait pas me lâcher, elle a dû être prise par quelqu'un et j'ai dû partir et la laisser en larmes. Après, je m'effondre et je n'ai plus qu'à patienter deux semaines pour avoir le droit de la revoir pendant une heure. Ce qui me fait le plus de mal, c'est quand je me mets à la place de ma fille et que j'imagine ce qu'elle doit ressentir", déplore Pauline.

Comment expliquer une telle décision?

"RMC s'engage pour vous" a enquêté, consulté tous les rapports d'expertise, les décisions de justice, les PV d’audition. Il ressort de l’ordonnance de placement que "Louise apparaît manipulée par ses parents et utilisée au sein du conflit parental". 

Et nous avons découvert que le cas de Pauline et Louise n’est pas isolé. 300 mères, ainsi privées de leur enfant dans des conditions similaires, se sont manifestées auprès de la Ciivise, la commission sur l’inceste, lancée par le gouvernement il y a un an et demi. Autant d’affaires qui, selon ses experts, révèlent la difficulté de prendre au sérieux la parole des enfants.

L’avocate de Pauline, Me Rongier, réclame une refonte du système de protection de l’enfance.

"Il y a besoin d'avoir des juridictions spécialisées qui comprennent bien les violences conjugales, les violences post-séparation, qu'on ne laisse plus ces décisions-là à des intervenants qui ne sont pas formés à tout ça. Il y a besoin de plus de recours aussi. Une enfant de moins de 3 ans qui est placée et se dire que la seule chose qu'on peut faire, c'est faire appel et avoir une décision quatre mois plus tard, c'est insuffisant", déplore-t-elle.

Audience d'appel le 23 septembre

Le placement de Louise est une décision judiciaire et donc indépendante. Sa mère a fait appel, l’audience est prévue le 23 septembre. A cette occasion, un rassemblement de soutien devant le tribunal d’Orléans réunira plusieurs associations de protection de l’enfance.

RMC a sollicité les acteurs qui interviennent en amont du juge. "Nous avons toute confiance en nos agents de l’Aide Sociale à l’Enfance", nous a répondu le département du Loiret. Le cabinet de Charlotte Caubel, la secrétaire d’Etat chargée de l’Enfance, nous a assuré qu’elle suivrait la situation avec la plus grande attention.

Par ailleurs, le ministre de la Justice Eric Dupond-Moretti communiquera sur le code de justice pénale des mineurs à la fin septembre.

RMC s'engage pour vous

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Amélie Rosique, Elise Denjean et Joanna Chabas