RMC

Migrants de Calais: que deviennent-ils une fois arrivés en Grande-Bretagne?

Une fois la frontière franchie, ce n'est pas vraiment l'eldorado attendu pour les migrants

Une fois la frontière franchie, ce n'est pas vraiment l'eldorado attendu pour les migrants - AFP

Ils sont plusieurs milliers de migrants à réussir chaque année le passage entre Calais et la Grande-Bretagne. Mais une fois sur place, comment vivent-ils? La Grande-Bretagne est-elle vraiment un eldorado pour les demandeurs d'asile? Reportage à Liverpool, dans le nord-est de l'Angleterre.

Chaque semaine des centaines de migrants affluent à Calais dans l’espoir de trouver un passage vers l’Angleterre, soit à bord des ferries partant du port, soit sur les trains-navettes qui empruntent le tunnel vers Folkestone, avec souvent l’aide de passeurs. Au total, ce sont près de 3 500 personnes qui vivent actuellement dans la "new jungle", qui s'est développée autour de la ville. Et si certains échouent à se rendre dans ce qu'ils considèrent comme un eldorado, des milliers de migrants arrivent à franchir le passage entre Calais et la Grande-Bretagne.

"On n'a pas le droit de travailler"

C'est le cas d'Idahan, rencontré à Liverpool (nord-est de l'Angleterre) dans les locaux d'une association venant en aide aux migrants. Cet Ethiopien de 32 ans raconte, le sourire aux lèvres, comment, il y a un mois et demi, il a enfin réussi sa traversée depuis Calais: "Une nuit mon passeur m'a fait monter dans une remorque de camion, et m'a caché. J'y ai passé 12 heures sans bouger. Et puis le chauffeur nous a trouvé. Il nous a mis dehors mais on avait réussi, on était déjà en Grande-Bretagne,. Je suis tellement heureux".

Comme tous les demandeurs d'asile, Idahan est logé par les autorités britanniques et reçoit 50 euros par semaine. Un soulagement après des mois d'errance. Mais c'est désormais une longue période d'attente qui commence comme l'explique Aicha, Guinéenne de 29 ans arrivée en Angleterre il y a un an et demi. "On attend, on attend. On ne fait que ça… J'en ai mal à la tête. On n'a pas le droit de travailler, d'aller à l'école… Ce n'est vraiment pas facile", déplore-t-elle.

"Je ne peux pas conseiller de venir ici"

Avec son petit garçon, elle est logée dans un foyer pour demandeurs d'asile. Un foyer aux couloirs étroits, avec une salle de bain commune, crasseuse, et sa chambre de 10 mètres carrés. "J'ai un petit lit, un petit espace pour mes affaires… Ce ne sont pas des bonnes conditions pour vivre", confie-t-elle. Si Aicha a encore un espoir d'obtenir l'asile, Sara, elle n'espère plus rien. Cela fait sept ans que cette jeune Congolaise tente d'obtenir une autorisation de séjour, en vain.

"On ne travaille pas. On n'a rien. On ne gagne pas d'argent, raconte-t-elle avec tristesse. J'ai essayé de me suicider avec des médicaments à cause de tous les problèmes que j'ai rencontré ici. Je ne peux même pas conseiller aux gens de venir ici en Angleterre. On ne vit pas ici". A noter que sur les 32 000 demandes d'asile déposées chaque année en Grande-Bretagne, 60% sont finalement rejetées.

Marie Régnier avec Maxime Ricard